Les échecs et les peines rapprochent parfois plus que les succès et les joies. Caen et Nancy en savent quelque chose. Les deux seules villes au monde à avoir choisi le TVR, le tramway sur pneus développé par Bombardier, ont décidé d'unir leurs efforts pour maintenir en vie, pendant encore une dizaine d'années, un mode de transport qui souffre d'une maladie chronique depuis sa naissance.

C'est en effet en février 2000 que Nancy mettait en service ce concept de tramway sur pneus qui devait, disait-on à l'époque, présenter une alternative économique au tramway sur rail. Une aubaine pour les villes moyennes comme Nancy, puis Caen qui emboitaient le pas à la cité dirigée par André Rossinot.
Mais, peu après son inauguration, le TVR de Nancy est arrêté pour des raisons de sécurité. Une pause qui durera plus d'un an. La reprise d'exploitation est laborieuse, les pannes se multiplient dans les deux villes et les coûts de maintenance explosent.

Un rapport, commandé par le ministère de l'Ecologie et rendu public à l'automne 2010, estime que le nombre d'heures de maintenance est dix fois supérieur à celui qui était prévu, et que son coût d'exploitation est un gouffre.

 

A bout de souffle mais une réussite commerciale

Le TVR est à bout de souffle moins de dix ans après sa mise en service, pourtant malgré cet échec technique, c'est une réussite commerciale. A Nancy, il transporte 45 000 voyageurs par jour, soit 40% de la fréquentation totale du réseau.
Donc, pas question de le démonter et de le remplacer par un autre système, du moins à court terme. La solution préconisée par les auteurs du rapport est de le faire durer encore au moins dix ans grâce à de grandes révisions et un rétrofit qui amélioreront sa fiabilité.

Coût de ces grandes manœuvres ? 750 000 euros par véhicule soit, près de 38 millions d'euros pour le parc de véhicules de Nancy et de Caen. L'Etat, qui a fortement incité les deux villes à se lancer dans cette aventure du TVR, pourrait mettre la main à la poche, comme le préconisent les auteurs du rapport.

 

Quelles évolutions possibles du système ?

L'objet de la convention signée entre les deux villes est donc de mutualiser leurs efforts pour améliorer la fiabilité du matériel et des infrastructures mais aussi réfléchir à leur possible évolution.
Autre objectif, étudier l'opportunité d'un groupement de commandes pour évaluer les hypothèses de remplacement du TVR par un autre système. L'achat de nouvelles rames à Bombardier semble totalement exclu compte tenu du coût exorbitant fixé par le constructeur pour une petite série : cinq millions d'euros par rame, à rapprocher des deux millions unitaires des trams sur fer de Brest et Dijon.

Les efforts des deux villes seront-ils suffisants pour redonner du souffle au TVR ? Ce ne sera pas simple, d'autant que si Nancy vient de choisir le Bus à haut niveau de service (BHNS) pour équiper la deuxième ligne forte de son réseau de transport urbain, Caen doit acheter d'urgence des nouvelles rames pour faire face à la saturation de son réseau, et réaliser des extensions de ligne.

 

Robert Viennet (Transport Public)