"Transdev is back", n'a pas pu s'empêcher de lancer Jean-Marc Janaillac lors de la présentation des résultats de son groupe pour 2015. Il est vrai que l'opérateur français revient de loin après la catastrophique fusion de 2011 qui a failli entraîner sa perte. "L'année 2013 a été celle de l'urgence, 2014 celle du redressement et 2015 celle de la consolidation", a déclaré celui qui a pris les rênes de l'entreprise fin 2012 quand elle accusait un endettement de près de deux milliards pour un chiffre d'affaires d'un peu plus de huit.

Trois ans plus tard, après s'être séparé de nombreux actifs, les derniers en date étant la SNCM et le tramway de Jérusalem, et alors qu'il s'est replié sur 19 pays (contre 27 en 2012), le groupe a retrouvé sa santé financière. A tel point que Transdev est prêt à reprendre l'offensive notamment sur le marché français.

Redressement financier

En 2015, son chiffre d'affaires s'est établi à 6,6 milliards d'euros, soit une quasi stabilité par rapport à 2014, malgré l'impact de la perte de gros contrats comme celui de Boston. Surtout, les indicateurs financiers sont clairement revenus dans le vert. Le résultat net part du groupe a triplé à 82 millions d'euros (contre 24 en 2014), le résultat opérationnel courant est en progression de 15% à 146 millions d'euros, l'EBITDA est en hausse de 6% avec une marge qui passe de 5,9% à 6,3%, et l'endettement financier net a encore diminué de 132 millions d'euros pour s'établir à 741 millions, soit presque trois fois moins qu'en 2012.

Des résultats "qui reflètent l'amélioration de la performance commerciale et opérationnelle du groupe", a souligné Jean-Marc Janaillac, ajoutant que cet impact a été amplifié par la baisse du prix du pétrole (-30% en 2015) et par la hausse du taux de change du dollar par rapport à l'Euro, qui a apporté un bonus de 200 millions d'euros au chiffre d'affaires du groupe.

Inversion de tendance

Sur un plan commercial, Transdev a aussi inversé la tendance. En 2015, "pour la première fois depuis longtemps", le différentiel entre les contrats perdus et ceux qui ont été gagnés est "plat", alors que jusque-là les pertes étaient plus importantes que les gains. Ainsi le groupe a remporté à l'international une quinzaine d'appel d'offres offensifs notamment en Allemagne sur des contrats ferroviaires, en Suède, aux États-Unis avec plusieurs lignes de tramway, en Australie avec le PPP du tram de Sydney et plus récemment en Nouvelle-Zélande avec le gain des trains régionaux de Wellington.

S'y ajoute le gain de 60% de ses appels d'offres défensifs. Si le groupe a perdu quelques contrats importants, notamment en Finlande, aux Pays-Bas et en Suède, il a en revanche renouvelé "pas mal de contrats" en France et tous ses contrats défensifs aux États-Unis (notamment Phoenix et San Diego) avec, cerise sur le gâteau, "une amélioration de leurs marges."

Par contre, l'activité de transport à la demande commercial (VTC, Supershuttle, Green Tomato Cars) qui représente 400 millions d'euros de chiffre d'affaires pour Transdev, subit, notamment aux États-unis, la concurrence très forte des nouveaux entrants comme Uber. Une offensive qui a obligé le groupe à développer de nouveaux outils numériques.

La confiance revient chez les salariés

En interne, ces bons résultats ont redonné confiance aux salariés très secoués par les premières années de la fusion. Ainsi selon le baromètre social de la CDC, 75% des collaborateurs de Transdev sont optimistes quand à l'avenir de leur groupe contre 25% en 2012.

En 2016, Transdev qui a donc retrouvé des marges de manœuvre et vient tout juste de refinancer sa dette auprès de 15 banques qui lui octroient une ligne de crédit de 1,2 milliard d'euros, va reprendre l'offensive. Ainsi, en France après deux années discrètes, le groupe répondra à plusieurs appels d'offres dans des agglomérations où il n'est pas présent comme à Lille, mais aussi à Caen qui prépare le lancement de ses deux lignes de tramway ou bien sur le territoire du syndicat mixte d'Artois Gohelle qui regroupe l'immense territoire des agglomérations de Lens-Liévin, Hénin-Carvin et Béthune-Bruay.

En revanche, pas question de répondre à l'appel d'offres de Lyon, marché sur lequel Transdev "seul ou associé avec d'autres [NDLR la RATP en 2004]" s'est toujours cassé les dents. "À un moment donné, on nous avait laissé espérer que ce réseau pouvait être divisé en lots, ce qui aurait montré une réelle ouverture de ce marché", explique Laurence Broseta directrice générale France de Transdev. Comme le Sytral n'a pas choisi cette voie, Transdev a donc renoncé à répondre. "Nous n'avons pas vocation à jouer le lièvre", a conclu sobrement Jean-Marc Janaillac.

Enfin, Transdev attend toujours la sortie de l'appel à manifestation d'intérêt (AMI), promis par le ministre des Transports Alain Vidalies concernant un éventuel recours au privé pour opérer les trains de nuit qui vont être abandonnés par la SNCF.

Les bons résultats de 2015 incitent à l'optimisme chez Transdev qui s'est fixé un objectif de chiffre d'affaires de 8,5 milliards d'euros à horizon 2020.

Robert Viennet