Suppression de dessertes, baisse des fréquences, annulations de trains... "Nous n'avons jamais connu un tel désengagement de la part de la SNCF", a déclaré Caroline Cayeux, présidente de Villes de France lors de la conférence de presse de l'association le 8 mars 2016. "Quand il y a une suppression de desserte, nous sommes mis devant le fait accompli. Nous avons pas de chiffres de la SNCF, ni d'explications sur le modèle économique poursuivi", a ajouté Frédéric Leturque, maire d'Arras et membre de l'association qui rassemble des élus de "villes moyennes" (de 20 000 à 100 000 habitants). Le maire de Vitré, Pierre Méhaignerie, demande même la création d'une commission parlementaire afin d'évaluer les coûts pour la SNCF des arrêts par rapport à une ligne directe.

Un problème de gouvernance
 
Pour Frédéric Leturque, la gestion des dessertes TGV et Intercités relève d'un problème de gouvernance à deux niveaux - SNCF et État. La compagnie ferroviaire historique n'a pas de stratégie nationale qui "prend la mesure de la vie dans notre pays", a-t-il expliqué. Il est, en particulier, reproché à la SNCF de "faire du remplissage origine-destination" entre deux métropoles. "La SNCF aide à installer une France à deux vitesses", a déploré Gilbert Meyer, maire de Colmar.
 
Le second problème est politique : pour l'association, l'État n'a plus de politique d'aménagement du territoire. Car ces élus mettent en avant la perte d'attractivité – économique, touristique – de leur territoire en raison d'une moins bonne desserte ferroviaire. "C'est une remise en cause de nos projets de développements territoriaux qui sont bâtis à 5-10 ans, a expliqué Frédéric Leturque. Veut-on une métropolisation de toute la France ?"

Pour une stratégie nationale
 
L'association Villes de France fait plusieurs propositions pour sauver les grandes lignes. L'association d'élus demande ainsi la mise en place d'un schéma national de desserte ferroviaire, élaboré en concertation avec les Régions et les villes qui permette d'articuler l'offre TGV-TET-TER. Il s'agit de mettre en place "le schéma le plus rationnel et le plus pertinent possible", a souligné Frédéric Leturque. Ces élus ne remettent pas en cause la nécessité de réaliser des économies. "La réorganisation des dessertes est, sans doute, nécessaire, mais la suppression n'est pas la réorganisation", a souligné Caroline Cayeux, maire de Beauvais. D'autant que les collectivités ont participé au financement du réseau comme récemment sur l'axe Le Mans-Rennes-Brest et Rennes-Quimper et la LGV Est Européenne.

Pour une garantie des dessertes
 
Villes de France demande aussi des garanties sur les dessertes de leurs villes moyennes. Située à une centaine de kilomètres de Paris, Montargis, par exemple, a vu le nombre de dessertes passer de 8 par jour à 5-6, Arras de 33 dans les années 90 à 11. Pour les autres villes, il s'agit au moins d'assurer un train le matin et un train le soir pour leurs administrés qui vont travailler par le train. Mulhouse déplore, ainsi, la suppression de toutes les dessertes sur la LGV Est Européenne alors que l'agglomération a versé 7 millions d'euros en échange de dessertes qui ne sont pas assurées malgré la convention passée avec la SNCF. D'ailleurs, l'agglo est en contentieux administratif avec la compagnie pour ne plus payer la LGV. Elle pourrait être suivie par Colmar à qui la SNCF avait promis quatre dessertes par jour contre un financement de 12 millions d'euros.

Pour une ouverture à la concurrence
 
Villes de France plaide également pour une accélération de l'ouverture à la concurrence des Intercités et l'ouverture de concessions pour les lignes abandonnées. "Quand il n'y a plus rien, on est favorable à une alternative", a justifié Caroline Cayeux. Car ces élus ne voient pas d'un bon œil le transfert de lignes Intercités (TET) aux Régions. D'abord parce que ces lignes couvrent souvent plusieurs territoires, ce qui ne facilite pas leur gestion. De plus, certains exécutifs régionaux ont dores et déjà fait savoir qu'ils n'étaient pas intéressés. Enfin, parce que ce serait, pour Gilbert Meyer, "la double peine" : en effet, ces collectivités qui ont déjà participé au financement du réseau, devraient, en plus, payer pour remplacer ces lignes par des TER....

Florence Guernalec