Le 19 février 2016 Alain Vidalies annonçait plusieurs mesures concernant les TET, ces trains intercités qui irriguent l'Hexagone, en complément des lignes à grande vitesse.
  • Maintien de deux lignes de train de nuit et lancement d'un appel à manifestation d'intérêt pour éventuellement sauver les six autres ;
  • Mise sur la table d'1,5 milliard d'euros pour renouveler les trains par le biais d'un appel d'offres, alors que les constructeurs réclamaient un avenant aux contrats-cadres de trains régionaux Regiolis d'Alstom et Regio 2N de Bombardier. Autant d'annonces diversement accueillies.

Trains de nuit en déni

"Transdev a pris connaissance avec consternation des annonces" d'Alain Vidalies, indique un communiqué de l'opérateur. Pour Transdev, il s'agit d'une ouverture à la concurrence pour les trains de nuit "en faux semblant", puisque les deux lignes qui seront maintenues malgré leur déficit chronique continueront à être exploitées par la SNCF et que seules les autres – celles qui "sont en très grande difficulté, voire condamnées" – feront l'objet d'un appel à manifestation d'intérêt auprès des opérateurs privés.

Transdev déplore la "soi-disant" ouverture à la concurrence "qui consiste à demander aux opérateurs alternatifs de sauver les autres lignes de nuit qui sont à bout de souffle, avec un matériel hors d'âge et dont l'équilibre économique est impossible".

De son côté, la Fédération nationale des usagers de transport (FNAUT) se félicite de cet intérêt gouvernemental pour l'avenir des trains Intercités mais déplore que l'offre de trains de nuit soit "très sérieusement menacée". Pour la Fnaut, le délai est trop court pour que les opérateurs puissent répondre efficacement à l'appel à manifestation d'intérêt et les "nouveaux opérateurs ne pourront pas exploiter aussi des relations de jour afin de mieux équilibrer leurs comptes, alors que le cadre juridique l'autorisait comme pour les relations de nuit."


Risques pour l'emploi...

De son côté, Fabienne Keller, sénatrice du Bas-Rhin, département qui abrite le site Alstom de Reichshoffen, s'inquiète du recours à un appel d'offres pour le renouvellement des trains qui va retarder leur commande effective d'au moins dix-huit mois et "affaiblira considérablement la santé économique des sites de production d'Alstom transport".

Une décision que déplore également Henri Poupart-Lafarge, PDG d'Alstom Transport, notamment pour sa filiale alsacienne : "Le trou de production à Reichshoffen est avéré à partir de fin 2018 et ce pour une durée d'au moins 3, 4 ans", indiquait-il juste après les annonces du ministre.

A cet appel d'offres d'une valeur de 1,5 milliard d'euros, Alstom aurait préféré des commandes puisées dans le contrat-cadre des Regiolis, des trains régionaux qui, selon le constructeur, pourraient être spécialement aménagés pour des trajets longue distance. Le problème est que la SNCF n'est pas convaincue par cet argument et que, du côté du ministère des Transports, on met en avant le risque juridique que l'extension de ce contrat-cadre ferait porter sur cette commande.

... ou risque juridique ?

Ce qui fait dire ceci à Fabienne Keller : "Je regrette qu'à la prise d'un risque juridique mesuré, le gouvernement ait préféré la certitude du chômage pour de nombreux employés des sites Alstom transport".

A noter que ce risque juridique n'est pas évoqué dans le cas d'un autre volet de ce plan qui consiste à commander en direct à Alstom 30 rames qui seront puisées dans le fameux contrat-cadre. 

Pour les écologistes d'EELV, des solutions existent pour sauver les trains de nuit dont l'État doit rester autorité organisatrice. "Une amélioration de leur performance économique pourrait être obtenue par un relèvement de la qualité, une baisse des redevances d'infrastructures (comme pour les trains de marchandises circulant la nuit) et une bien meilleure commercialisation, avec des partenariats avec les acteurs du tourisme", expliquent les écologistes, dans un communiqué.

Il est intéressant de constater que la mort annoncée des trains de nuit intervient alors même que les opérateurs de ligne longue distance par autocar, qui ne l'avaient pas prévu à l'origine, développent leur offre de nuit à la demande de leurs clients.

Robert Viennet