Ce n’est pas tous les jours qu’un gouvernement, des élus et des opérateurs de transport célèbrent une nouvelle gare dans Paris. La dernière fois, c’était "il y a plus de seize ans (…), Lionel Jospin alors premier ministre inaugurait la dernière gare SNCF ouverte dans Paris, celle d‘Haussmann Saint-Lazare", point de départ de la ligne Eole, a mesuré Manuel Valls le 6 février.

Le Premier ministre était bien présent pour l'inauguration de la gare Rosa Parks. Cet investissement de 130 millions d'euros est entré en service en décembre 2015 dans le XIXe arrondissement sur la même ligne E du RER, dite Eole. Mais en raison des conséquences de attentats du 13 novembre 2015, son inauguration officielle avait dû être repoussée.

La prise de parole du Premier ministre était très attendue. L'hôte de Matignon devait, en effet, mettre fin à des tergiversations financières qui duraient depuis plusieurs mois et qui retardaient le lancement du prolongement vers l'Ouest francilien d'Eole, un chantier de plus  3,5 milliards d’euros. A présent, le financement est bouclé.

"J'ai décidé et nous avons décidé avec Alain Vidalies, secrétaire d'État aux Transports, que l'État, allant ainsi au-delà de ses engagements en faveur du Grand Paris, apporterait une contribution exceptionnelle supplémentaire de 500 millions d'euros, pour permettre le lancement du chantier Eole, et son lancement dès maintenant", a indiqué Manuel Valls.

D’où viendront ces 500 millions d’euros exceptionnels ? Le Premier ministre ne l’a pas explicité. Mais il est acquis que c'est à nouveau la Société du Grand Paris (SGP) - dont aucun dirigeant n'avait été convié à la céréomonie pléthorique du 6 février -  qui, avec ses précieuses ressources pérennes, va de nouveau être mise à contribution.

Au total, avec ces 500 millions, la Société du Grand Paris va porter sa contribution à Eole à 1,5 milliard puisqu'on nous étions déjà engagés sur 1 milliard, confirme-t-on au siège de la SGP à Saint-Denis." Va-t-on déshabiller Paul pour habiller Pierre et retarder le programme du Grand Paris Express ? "Non", rassure-t-on de même source. "Les réglages sont en négociation, cela va être corrélé à un déplafonnement de certaines ressources affectées à la SGP". Le tout devrait se traduire dans une prochaine loi de finances.

Près de 500 millions apportés par Paris, les Hauts-de-Seine et les Yvelines

De leur côté, les trois départements concernés sont tombés d'accord pour garantir la part du montage financier leur incombant, sous l'égide du préfet de région Jean-François Carenco "à l'imagination foisonnante", a souligné Manuel Valls. Ainsi, Paris, les Hauts-de-Seine et les Yvelines apporteront "près de 500 millions d'euros", a-t-il annoncé pour le financement de ce projet. Selon l'AFP, les Yvelines vont verser 200 millions, les Hauts-de-Seine 150 millions et Paris 125 millions.

La région Île-de-France contribuera quant à elle à hauteur de 815 millions d'euros à travers le contrat de plan signé en juin 2015.

A l'Est du nouveau

Un grand coup vers l'Ouest, mais aussi des promesses pour l'Est. Manuel Valls a rappelé les travaux prévus pour réaliser la ligne 15 sud du Grand Paris Express. Répondant à la nouvelle présidente de la région Île-de-France Valérie Pecresse, il confirmé que la ligne Eole et cette ligne 15 se croiseront à la "future gare de Bry-Villiers-Champigny qui verra bien le jour", a-t-il indiqué. "Je souhaite que nous déterminions dès que possible les modalités techniques et financières de cette opération", a appuyé Valérie Pécresse.

Et le matériel roulant ? Le troisième épisode de l'appel d'offres pour l'achat des rames Eole nouvelle génération sera-t-il l'épilogue ? Seule certitude, il donne lieu à “une méga-bataille entre Alstom/Bombardier d'un côté, et CAF de l'autre" comme l'avait signalé le président de la SNCF lors des vœux du groupe à la presse le 21 janvier 2016. Autrement dit, on a compris que Siemens a jeté l'éponge.

Contrairement à une mauvaise communication qui l'an passé avait fait dire à la SNCF que le choix du constructeur devait intervenir en ce début 2016, ce n'est pas le cas. "La désignation du vainqueur est prévue pour l'automne 2016", signale le groupe ferroviaire.

En attendant, un autre épisode du projet doit se concrétiser cette semaine. La SNCF va signer ce mercredi 10 février 2016, le contrat de signalisation NExTEO qui doit permettre d'augmenter la fréquence des RER E jusqu'à un train toutes les 108 secondes. Il s'agit d'un beau lot de consolation pour Siemens qui faisait face à Thales.

Marc Fressoz
 
8 kilomètres de tunnel entre Paris et la Défense
L'extension d'Eole à l'Ouest va permettre de désengorger le RER A. Il s'agit de prolonger la ligne E de 55 kilomètres à l'Ouest - dont 8 kilomètres de tunnel - de la gare d'Haussmann Saint-Lazare à la gare de Mantes-la-Jolie.

Ainsi, 47 kilomètres de voies existantes vont être réaménagées et trois nouvelles gares créées : Porte Maillot, La Défense-CNIT et Nanterre-la-Folie. "Le chantier de la Défense promet d'être giganteque et techniquement complexe puisqu'il s'agit de creuser une gare sous le CNIT ", souligne Etienne Tricaud, le président de l'AREP et l'un des architectes coauteurs, avec Jean-Marie Duthilleul de la gare Rosa Parks.

La mise en service est prévue en 2020 jusqu'à Nanterre, puis en 2022 jusqu'à Mantes-la-Jolie.  Elle devrait doubler le nombre des usagers quotidiens en les portant à quelque 620 000.