Le transport était déjà, avec les lycées, l'un des postes budgétaires les plus lourds que les Régions avaient à gérer. Avec les nouvelles compétences dont elles héritent – transports interurbain et scolaire –, ce poids va encore s'accentuer. Comment les nouveaux, exécutifs élus le 13 décembre 2015 appréhendent-ils ces nouvelles compétences ? Quelle politique transport vont-ils mener ? Pour le savoir, nous avons consulté certains des programmes que les candidats avaient adressés à l'association TDIE, en novembre dernier.

Premier constat, c'est le sujet du ferroviaire qui accapare surtout leur attention. Rien de plus normal compte tenu de son poids économique. Ce qui ressort, c'est la pression que les nouveaux présidents veulent mettre sur la SNCF. En Paca, Christian Estrosi qui, dès sa prise de fonction,
a rencontré Guillaume Pepy, considère que la qualité de service et la régularité des horaires des trains "sont très mauvaises". Il veut que la prochaine convention avec la SNCF qui doit être mise en œuvre en 2017 soit limitée à trois ans pour être en phase avec l'ouverture à la concurrence "prévue en 2019"

Première cible, la SNCF

En Rhône-Alpes-Auvergne, Laurent Wauquiez (LR), qui se plaint que ses TER soient "parmi les plus en retard de France", veut également profiter de la renégociation de la convention avec la SNCF en 2016 pour "redéfinir les rôles de chacun" et fixer "de vraies obligations de résultat" à la SNCF. Pour le nouveau président, le Conseil des ministres européens ayant "repoussé la concurrence à 2026", cette question ne se pose pas pour l'instant.

En Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes aussi, Alain Rousset (PS), qui évoque la "demi-réforme ferroviaire", n'est pas tendre avec la SNCF, "dénonçant son hégémonie monopolistique" et jugeant son service "médiocre". Logiquement, celui qui est encore président de l'Association des régions de France (ARF), n'est "pas hostile à une ouverture à la concurrence ni à son expérimentation sur certaines lignes".

En Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Carole Delga (PS) est moins critique vis-à-vis de la SNCF. Elle souligne que la fréquentation a "pratiquement doublé" en Midi-Pyrénées depuis 2002 et qu'en Languedoc-Roussillon le TER à 1 euro a provoqué "une croissance spectaculaire" du nombre de voyageurs. Le souci de la nouvelle présidente est de préparer la nouvelle convention avec la SNCF qui sera mise en œuvre au 1er janvier 2017. Les discussions avec l'opérateur vont s'engager sur la base d'un "projet de cahier des charges" élaboré par le nouvel exécutif. Un cahier des charges "qui servira de base à la négociation" en 2016. Quant à la mise en concurrence de la SNCF, si elle ne doit pas être "un sujet tabou", elle n'est pas vraiment une priorité.

Des transports AAA

En Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Xavier Bertrand (LR) veut que les transports soient "triples A", c'est-à-dire "Assis, A l'heure, Averti". En clair, c'est la qualité de service qui est visée. Le nouveau président "souhaite que les contrats entre la Région et la SNCF soient de vrais contrats assortis d'objectifs de performance quantifiables". Pour ce qui est de la concurrence, Xavier Bertrand souligne que les conventions avec la SNCF arrivent à échéance en 2018 pour la Picardie et en 2024 pour le Nord-Pas-de-Calais : "D'ici là, nous y verrons plus clair sur les pouvoirs donnés aux autorités organisatrices."

Ecotaxe à géométrie régionale

Concernant la question d'une écotaxe poids-lourds à caractère régional pour financer le développement des transports collectifs, c'est un "non" catégorique pour Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand. En revanche, Christian Estrosi "demandera au gouvernement la possibilité de mettre en place une écotaxe sur les poids lourds en transit dans notre région dont les entreprises ne sont pas implantées en PACA". Selon lui, 58% du trafic poids-lourds sur l'A8 est du transit vers l'Espagne.

Dans la région voisine, Carole Delga est sur la même longueur d'onde. Elle se dit prête à participer à une expérimentation si le gouvernement s'engageait dans cette voie. Pour la présidente de la nouvelle région, cette taxe sur le transit international serait perçue à l'entrée ou à la sortie du territoire national et ferait "l'objet d'un reversement aux régions concernées en fonction des trafics observés sur le territoire de chacune d'elles".

Alain Rousset est lui aussi favorable à "l'expérimentation d'une écotaxe régionale pour les transports de transit". Pour le président de l'une des plus grandes régions de France en superficie, il faut "éviter de taxer les activités agricoles ou les transports internes".

Articuler les modes
 
En ce qui concerne la mise en œuvre des nouvelles compétences dont elles héritent avec les transports interurbain et scolaire, les vainqueurs des élections sont moins précis sur leurs intentions, notamment tarifaires. Tous se retrouvent toutefois sur la nécessité d'articuler ces différents modes de transport entre eux et de rechercher des complémentarités.

A terme, tous souhaitent la mise en place d'une carte unique de transport au niveau régional et entendent s'appuyer sur les départements pour le transport scolaire. Ils attendent également des précisions concernant les règles du jeu qui vont être établies à propos des gares routières, lequelles vont se développer avec les nouvelles lignes d'autocar. 

Restera ensuite à trouver un nom à ces nouvelles régions. Mais ça, c'est une autre histoire.

Robert Viennet