Après les Autobahn inventées dans l'Allemagne des années 1930, le pays se prépare aux autoroutes à vélo. Dans la Ruhr (ouest), cinq kilomètres de pistes ont été inaugurés fin novembre 2015 dans le cadre d'un ambitieux projet qui doit s'étendre sur une centaine de kilomètres entre Duisbourg et Hamm.

Le projet, porté par Martin Tönnes, planificateur à l'autorité organisatrice régionale de la Ruhr (RVR) qui est proche des Verts allemands, prévoit de relier dix agglomérations, dont Bochum et Dortmund, et quatre universités, en empruntant pour partie d'anciennes voies ferrées, héritage du passé industriel régional. Près de 2 millions de personnes vivent dans l'agglomération.

Le projet de voie rapide pour vélo de quatre mètres de large visent ceux qui effectuent quotidiennement la navette en voiture d'une ville à l'autre pour aller travailler, explique Martin Tönnes. Celui-ci évoque des trajets de 5 à 20 kilomètres et croit fortement dans le projet, notamment grâce à l'essor du vélo électrique.

L'objectif ? Soulager le trafic routier et ferroviaire périurbain. Selon une étude très optimiste avancée par RVR, le projet permettrait de réduire la circulation de 50.000 voitures par jour.

Francfort, Munich et Nuremberg aussi

Francfort (ouest), Munich (sud) ou Nuremberg (sud) travaillent également à la création de routes réservées aux vélos.

Une piste test a été choisie entre Francfort et Darmstadt, au sud de la ville, comme entre Munich et sa banlieue nord. Encore à l'état de projet, les tracés sélectionnés, de respectivement 30 et 15 kilomètres, couvrent des zones densément peuplées et riches en emplois.

Nuremberg, deuxième ville de Bavière, a de son côté lancé une étude de faisabilité avec quatre villes et circonscriptions de son agglomération.

A Berlin, l'exécutif a donné, début décembre 2015, son feu vert au lancement d'une étude sur un tronçon devant relier son centre-ville à Zehlendorf, au sud-ouest de la capitale. Un autre projet ambitionne d'utiliser l'espace sous le métro aérien pour traverser la ville selon un axe ouest-est.

"La population soutient fortement l'idée d'une autoroute à vélo et tous les partis s'y intéressent", estime Thomas Heilmann, élu berlinois conservateur (CDU) qui défend le premier projet.
 
Modèle de financement difficile
 
Ces routes pour bicyclettes suscitent très souvent l'enthousiasme des communes, mais elles sont  confrontées à une même difficulté : trouver un financement.

Si l'État fédéral est responsable de la construction et l'entretien des autoroutes, des principales voies ferrées et voies d'eau, la plupart des infrastructures cyclables relèvent de la compétence des autorités locales.

Dans la Ruhr, c'est le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie qui a financé, à hauteur de 30%, avec l'Union européenne (50%) et RVR (20%), les premiers kilomètres de la voie rapide.

Mais le financement de l'ensemble des 100 kilomètres – environ 180 millions d'euros – n'est pas encore trouvé, reconnaît Martin Tönnes, qui explique y travailler actuellement avec le Land. Ce dernier prévoit ainsi de modifier sa législation pour pouvoir prendre en charge des frais qui incombent normalement
aux municipalités.

Le financement par la publicité fait débat

"Les communes sont dépassées. Sans soutien, le projet n'aurait aucune chance", souligne M. Tönnes, d'autant que, outre les coûts de construction, les frais d'entretien, d'éclairage ou de déblaiement de la neige viennent alourdir la facture.

A Berlin, ville fortement endettée, le parti conservateur CDU propose un modèle de financement privé basé sur la publicité, mais Martin Tönnes plaide pour une participation financière de l'État fédéral, à l'image des investissements publics lancés dans les autoroutes cyclables aux Pays-Bas et au Danemark, pays précurseurs en la matière.

"Les autoroutes à vélos sont nouvelles en Allemagne, il faut trouver un nouveau concept pour leur financement", résume Birgit Kastrup, en charge du projet de voie rapide cyclable à Munich.

L'Association allemande des cyclistes (ADFC), qui rappelle que 10% des trajets sont parcourus à vélo, exige dès lors que 10% des investissements fédéraux en matière de transport reviennent aux infrastructures cyclables.

"Construire des autoroutes dans les villes, ce sont des recettes nuisibles des années 1960 !", écrit Burkhard Stork, le dirigeant de l'ADFC. "Personne ne veut encore davantage de voitures dans les villes."

Reste à savoir si les autoroutes à vélo sont transposables ailleurs qu'en Allemagne, aux Pays-Bas ou au Danemark, des pays au relief plat, caractérisque de la plaine d'Europe du Nord.
 
MF avec AFP