C'est une tendance qui se précise. Le développement dans le monde de projets à grande vitesse  tend à se résumer à un match entre asiatiques opposant les Chinois aux Japonais, les Européens se bornant à être spectateurs.

Bonnes relations personnelles

Le Japon a ainsi remporté le 12 décembre 2015 une belle victoire lors de la visite de son Premier ministre en Inde. Il va fabriquer le premier train à grande vitesse de l'Inde. La technologie ferroviaire à grande vitesse nippone devrait être employée sur une ligne de 505 kilomètres reliant Bombay à Ahmedabad sur la côte nord-ouest du sous-continent indien. Le coût de travaux est évalué à 980 milliards de roupies (13,5 milliards d'euros). La mise en service pourrait avoir lieu vers 2023-2024.

Le projet de train à grande vitesse "va lancer une révolution dans les chemins de fer indiens  et accélèrera le passage de l'Inde vers l'avenir. Cela deviendra un véritable  moteur de la transformation économique de l'Inde", a déclaré le Premier ministre indien Narendra Modi à l'issue d'un entretien avec son homologue japonais Shinzo Abe.

Les bonnes relations entre le deux hommes politiques ont joué un rôle majeur dans la conclusion d'un ensemble de contrats (énergie, défense) qui comporte un volet ferroviaire. Le Premier ministre indien Narendra Modi, au pouvoir depuis 2014, et son homologue japonais Shinzo Abe se connaissent bien. A droite et nationalistes tous les deux, il se méfient de la Chine.

"Nous n'étions pas au courant de ce marché", indique un représentant de la filière ferroviaire française confirmant que ce contrat s'est conclu de gré à gré sans appel d'offres.

Effort du contribuable japonais

Pour l'emporter et éviter toute concurrence, le Japon du premier ministre Shinzo Abe a utilisé la diplomatie du carnet de chèque. Malgré son endettement important, l'archipel va consentir un prêt généreux de 10,9 milliards d’euros à un taux d’intérêt de seulement 0,1%, pour financer 80% du projet.

Cette stratégie rappelle celle de Nicolas Sarkozy qui, alors qu'il était président de la République, avait obtenu du Maroc l'achat de rames TGV Duplex Alstom pour sa première LGV contre le financement par la France de la majorité de l'opération. Ce contrat de gré à gré avait permis d'écarter toute concurrence étrangère, notamment allemande.

Le Japon prend sa revanche, Il a eu la déception cette année de voir l'Indonésie préférer la technologie proposée par la Chine. Jusqu'à présent, Tokyo n'est parvenu à vendre son Shinkansen qu'à Taïwan.
 
Ces derniers mois, la Chine a marqué plusieurs points. Elle a signé un accord industriel et financier  avec Londres qui devrait assurer une part importante à la technologie chinoise sur la projet de High Speed 2 au Nord de Londres. Pékin est également impliqué dans ce qui serait le premier projet de TGV des État-Unis à Las Vegas.

Ces exemples confirment que la maîtrise de la technologie à grande vitesse en elle-même ne suffit pas à faire la différence à l'exportation. Sans le soutien d'un État qui cofinance l'acheteur, les risques de succès sont inexistants pour le grand malheur des européens (Français, Allemands, Espagnols).

Reste que la grande vitesse ne représente qu'une partie des investissements ferroviaires colossaux programmés par l'Inde. Alstom a obtenu plus de 3 milliards d'euros de contrats dans le fret. Un lot de consolation.

Marc  Fressoz