Les évolutions s'accélèrent chez Bombardier Transport, la filiale du groupe Bombardier. Après l'arrivée d'un actionnaire minoritaire (la Caisse de dépot et de placement du Québec), c'est maintenant son président qui change sans sommation.

"Bombardier Inc. a annoncé aujourd’hui la nomination de Laurent Troger au poste de président de  Bombardier Transport, avec effet immédiat", indique un communiqué publié le 9 décembre 2015 depuis le siège du groupe à Montréal.

L'industriel a opté pour une solution en interne. "M. Troger, qui travaille pour l’entreprise depuis 11 ans, avait récemment été promu chef de l’exploitation de Transport, précise le texte. Il succède à Lutz Bertling, qui quitte l’entreprise pour relever d’autres défis professionnels.

Depuis 11 ans chez Bombardier

La maison-mère de Bombardier transport souligne largement les qualités et les raisons du choix du nouveau président. "Depuis qu’il s’est joint à Bombardier, Laurent Troger a constamment été l’un de nos meilleurs dirigeants, offrant une exécution de projets et une performance supérieures dans l’ensemble du secteur", explique Alain Bellemare, président et chef de la direction de Bombardier Inc. Et celui-ci de dessiner en partie la feuille de route du nouveau patron : "Alors que nous accélérons notre transformation, Laurent possède à la fois le leadership et l’expérience nécessaires pour honorer nos engagements envers les clients, tout en accroissant la rentabilité de Transport".

Agé de 52 ans, diplomé de l'ENSTA, Laurent Troger est entré chez Bombardier en 2004. D'abord adjoint, après quatre ans, il prend la tête de l'activité Services pour l'Europe qu'il redresse. En 2013, ses attributions sont élargies aux activités matériel roulant au Royaume-Uni, en France et au Bénélux. Sa carrière connaît dès lors une progression accélerée. Nommé rapidement président de la division Europe de l’Ouest, Moyen-Orient et Afrique, il devient en 2015 chef de la technologie et chef de l’exploitation de Bombardier Transport.

Et 15 ans passés chez Alstom

Mais avant d'entrer chez Bombardier, Laurent Troger a eu une vie chez un grand concurrent du groupe. "Auparavant, Laurent Troger a travaillé pendant 15 ans chez Alstom où il a occupé plusieurs postes de direction, notamment celui de vice-président principal, Systèmes de transport et celui de vice-président, Systèmes d'information des transports" insiste le communiqué de Bombardier. Autrement dit, Laurent Troger a jusqu'à présent passé plus de temps au sein du groupe Alstom qu'au sein de Bombardier.

Evidemment ce changement surprise alimente les spéculations sur la suite et sur la stratégie du groupe canadien. Le précédent président Lutz Bertling, arrivé en 2013 d'EADS, n'est donc pas resté longtemps en poste. "C'est un homme assez vigoureux pour ne pas dire un peu brutal qui a eu pour mission de reformater l'entreprise, analyse un connaisseur du marché ferroviaire. Auparavant Bombardier Transport avait une organisation matricielle, il est à présent organisé par pays. Il est intéressant de remarquer qu'Alstom Transport a connu ces mêmes évolutions. Lutz Bertling a été l'homme de la restructuration n'était peut-être pas l'homme du nouveau Bombardier", continue ce connaisseur.

Ce nouvel événement dans l'industrie ferroviaire donne un écho particulier aux récents propos du ministre de l'Économie Emmanuel Marcon qui, devant une commission du Sénat, avait appelé à une fusion entre Alstom et Bombardier, à l'instar de plusieurs parlementaires. Une invite rejétée officiellement par Alstom.

Reste que pour certains observateurs, la stratégie d'Alstom serait sous-tendue par la perspective d'un mariage. Aggressif, le Français a emporté un contrat record de 3 miliiards d'euros en Inde, face à Bombardier et à Siemens mais en sacrifiant ses marges, estiment ses concurents. L'objectif ? Faire grossir le chiffre d'affaires et être un peu plus gros que l'autre pour négocier une fusion avantageuse. Car les mariages industriels débouchent le plus souvent sur la domination de l'un sur l'autre.

Réponse à ces interrogations peut-être dans quelques mois…

Marc Fressoz