Après le drame de Beaune de 1982, les pouvoirs publics avaient pris un certain nombre de mesures comme la limitation de la vitesse des autocars sur autoroute à 100 km/h – et à 110 km/h pour les voitures en cas de pluie – et l'application de normes plus strictes concernant l'inflammabilité des revêtements intérieurs des cars. 

C'est cette dernière mesure qui interroge aujourd'hui parce que si le bilan de Puisseguin est si lourd c'est parce que le car s'est embrasé brutalement ne laissant aucune chance aux passagers qui sont morts asphyxiés. Selon les derniers éléments de l'enquête révélés lundi par le procureur de Libourne, c'est une pièce métallique "dont la nature reste à déterminer" qui a transpercé le réservoir du camion et contribué à un embrasement rapide, alors que le choc entre les deux véhicules a été peu violent.

L'enquête dira si l'emploi de matériaux résistants mieux au feu aurait pu freiner sa progression, ou s'il faut réfléchir à des systèmes d'évacuation plus efficaces ou à l'installation d'extincteurs automatiques dans les habitacles. En tout état de cause, les normes réglementaires pour les nouveaux véhicules devraient être durcies. 

Emballements…

Comme souvent, à l'occasion de ce genre de catastrophe, les médias se sont emballés tentant, au-delà de l'exposition des faits, d'échafauder des hypothèses sur les éventuelles responsabilités des uns et des autres. 

Tout y est passé, de la formation des conducteurs à l'état supposé dégradé de la route (refaite en 2011), qui aboutissait à une dénonciation de l'impéritie des pouvoirs publics et a une série de questions du style : faut-il interdire le réseau secondaire aux camions et aux autocars ? Ou bien encore : les conducteurs sont-ils bien formés ? Pointée du doigt également, la politique de libéralisation des liaisons par autocar qui vont "envahir" nos routes.

…et dérapages

Si l'on est habitué à l'emballement des médias radio et TV qui, concurrence oblige, tournent en boucle jusqu'à l'overdose, à un moment où l'on sait bien qu'il y a plus de questions que de réponses, on ne peut admettre que des politiques se servent de ces drames pour donner plus de poids à leurs arguments.

Ainsi, Noël Mamère qui vendredi, quelques heures à peine après le drame, déclarait sur iTélé qu'"il manqu(ait)" un ministre sur le terrain, "c'est M. Macron qui a décidé de libéraliser le transport par autocar". Et même si la sortie déplacée du député de Gironde a été aussitôt dénoncée par une majorité de la classe politique de droite comme de gauche, elle risque de faire des dégâts.

C'est ce genre de rapprochement hâtif que craignait Alain-Jean Berthelet, président du groupement d'autocaristes Starshipper, en déclarant le 10 octobre dernier au congrès de la FNTV "Un accident peut faire perdre tout le bénéfice que l'autocar a acquis en termes d'image ces derniers mois“.

Des hordes d'autocar ?

Dans l'esprit des opposants à l'autocar, l'équation est simple : plus il y a d'autocars sur la route et plus on augmente le risque d'accidents. Mathématiquement la démonstration est imparable et son corollaire aussi : "moins on roule et moins on risque d'accidents". Mais c'est oublier que le transport par autocar, rapporté au nombre de kilomètres parcourus et de passagers transportés, est dix fois moins accidentogène que la voiture. Il n'y a aucune raison que cette proportion s'inverse.

Le problème aussi, c'est qu'à force d'entendre que les lignes d'autocar sont libéralisées et que la concurrence entre autocaristes fait rage, le grand public imagine une horde de cars à l'assaut de nos routes. La réalité est bien différente et il suffit pour s'en convaincre de consulter un comparateur de transports.

Sur une des liaisons les plus fréquentée Paris-Lyon, on comptabilise en moyenne 44 allers-retours d'autocar par jour. 22 autocars par jour (et nuit) sur 450 kilomètres, pas de quoi occasionner des bouchons ou des trains de bus comme les imagine le dessinateur Azo qu'aiment reprendre les opposants à cette libéralisation.




Une chose est sûre : si les lignes d'autocar se développent et si les gens les empruntent, c'est qu'il y a un besoin. Si ce n'est pas le cas, ces lignes, qui sont organisées aux risques et périls des autocaristes, fermeront purement et simplement.

Robert Viennet