"En 2009, j’étais adjoint en charge du développement durable à la mairie de Moissac, quand nous avons décidé de nous emparer du problème de la mobilité, explique Alain Jean, fondateur de Rézo pouce. Dans le Tarn-et-Garonne, 15% des foyers ne possèdent pas de véhicules et 50% n’en ont qu’une. Moissac est une ville sans réseau de bus, peu desservie par le train et le car. Nous avons alors imaginé un système d’auto-stop organisé, qui viendrait en complément de l’offre de transports en commun. "

Il faudra trois ans pour que le réseau voit le jour. D’abord à Moissac pour ses 20 000 habitants. "En l’espace de trois mois, Rézo pouce s’est étendu à d’autres villes du département couvrant ainsi une population de 200 000 personnes, ajoute-t-il. Dès le départ, avec l’aide d’un bureau d’études, nous avons imaginé un dispositif facilement transposable."

Covoiturage spontané

Le principe, qui ressemble à du covoiturage spontané, est simple : conducteurs et auto-stoppeurs s’enregistrent en mairie ou sur Internet et reçoivent une carte avec leur photo et leur identifiant.

A ce jour, 1585 personnes sont inscrites : 60% de conducteurs, 40% d’auto-stoppeurs. Les arrêts, au préalable identifiés pour leur pertinence, sont matérialisés par un logo sur des poteaux ou des arrêts de bus existants, on en compte 250 dans le nord toulousain. Pour mettre en œuvre le dispositif, Rézo pouce passe des conventions de trois ans avec des communes, ou avec des associations comme c’est le cas dans les Yvelines.

L’adhésion varie en fonction du nombre d’habitants. Pour les communes comprises entre 10 000 et 25 000 habitants, elle s’élève à 7500 € la première année et 3000 € les deux autres années. Rézo pouce propose également des formations, un suivi, des outils de communication et d’animation.

Dans l’agglomération toulousaine, Tisséo-SMTC, l’autorité organisatrice de transports, a financé l’aménagement des points de prise en charge (fourniture et pose des poteaux, des ailettes et des panneaux) et la promotion du dispositif, dans le cadre d’une convention passée en décembre 2013.

L’incertitude du retour

"Les personnes attendent entre 3 et 10 minutes en moyenne ", explique Bénédicte Rozes, coordinatrice du réseau. Le temps d’attente est la principale inquiétude des passagers, tout comme l’incertitude liée au retour. En revanche, peu ou pas d’angoisse d’agression : le fait que les personnes soient identifiées et qu’il soit possible d’envoyer un SMS à Rézo Pouce avec la plaque d’immatriculation du conducteur, l’heure et le lieu de départ, rassure.

Les trajets sont assez courts, entre 3 et 20 kilomètres. "Ce dispositif permet aux personnes de réaliser les derniers kilomètres qui leur manque  en complément des transports en commun", ajoute-t-elle. Les passagers s’engagent à payer 0,5 euro pour un trajet compris entre un à dix kilomètres et 1 euro pour un trajet de 10 à 20 kilomètres. 

Éviter l’autosolisme

Comme il est impossible de comptabiliser les trajets ou le nombre de kilomètres, il est difficile de  mesurer le service rendu par ce dispositif. Les personnes cibles sont des jeunes sans permis, des personnes dans la précarité qui n’ont pas de véhicules, et des personnes âgées "qui retrouvent une certaine autonomie en se rendant par leurs propres moyens au supermarché ou à leur club de retraités, ajoute Marion Loygues, animatrice du Rézo pouce.

"Nous sensibilisons également les grandes entreprises, comme Airbus avec ses 30 000 employés, pour qu’elles installent des arrêts sur le Pouce et évitent ainsi l’autosolisme."

D’abord développé en territoire rural par les collectivités, l’auto-stop organisé s’est étendu aux zones périurbaines. "Aujourd’hui, nous implantons des arrêts au terminus des transports en commun, après avoir, dans un premier temps, mis en place des "rabattements " vers les gares et les transports urbains", précise Alain Jean.

A ce jour, 144 communes proposent ce service en Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Rhônes-Alpes et dans les Yvelines, 333 sont en train de le faire et 412 rejoindront le réseau en 2016. "Nous sommes en train de mettre au point une application qui va encore améliorer Rézo Pouce. Elle sera disponible prochainement. Mais pour l’instant je ne veux pas communiquer dessus ", conclut-il.

Monique Castro