On en parlait déjà beaucoup avant, le Congrès ITS (Intelligent transport systems and services) a permis de les tester en route ouverte. Les véhicules autonomes étaient incontestablement la star du Salon à Bordeaux. PSA avait ouvert le bal avec une C4 Picasso – et avec conducteur – sur le trajet Paris-Bordeaux (580 kilomètres).

Pendant les cinq jours du Congrès, plusieurs démonstrateurs ont été testés avec succès autour de Bordeaux Lac : les voitures Link & Go (Akka Technologies), Vedecom, mais aussi les navettes  EasyMile et Navya sans conducteur, capables de transporter une dizaine de passagers. La start-up de Villeurbanne Navya annonce qu'elle a déjà reçu ses premières commandes (prix à partir de 160 000 euros l'unité) et fera sa première livraison pour "un grand groupe européen" en novembre prochain pour une utilisation en site fermé.
 
Des transports publics autonomes ? 
 
Aujourd'hui, il n'est pas légalement possible de faire circuler en route ouverte des véhicules autonomes, hormis pour des expérimentations comme lors du Congrès IST ou dans le cadre du programme européen CityMobil2 qui a lancé des tests notamment à La Rochelle (décembre 2014-avril 2015) et plus récemment à Trikala en Grèce (septembre 2015-févrer 2016). Gadget ou réelle solution d'avenir pour les transports publics ? Il est sans doute un peu tôt pour le dire. En tout cas, la RATP s'intéresse à cette technologie pour effectuer les premiers et derniers kilomètres. Clément Lucchesi, en charge des véhicules autonomes chez l'opérateur, a annoncé lors du congrès ITS que la RATP allait va expérimenter ce type de véhicule en 2016 à Rambouillet. "L'idée est d'effectuer des navettes entre la gare et le domicile, le véhicule se rechargeant tout seul entre deux trajets", a précisé Clément Lucchesi. L'objectif ? Répondre à une demande non satisfaite par les transports en commun avec une solution souple et réactive qui puisse s'adapter à la demande.

Optimisation
 
Car l'heure est à l'optimisation des réseaux... tout en améliorant la satisfaction des usagers. Une équation, semble-t-il, moins difficile qu'il n'y paraît à concilier. Ainsi, l'institut de recherche technologique australien Data 61, a présenté, lors du congrès ITS, le cas de la ville de Canberra. Une agglomération de 350 000 habitants avec des problèmes de congestion, une densité de population faible en dehors de la ville et une fréquence d'un bus par heure pour certaines lignes.  Avec le projet BusPlus, Data 61 a proposé de créer un réseau structurant de bus complété par des navettes de taxis.
 
Les premiers desservent les "hub", les lieux les plus denses ; les seconds sont chargés d'effectuer les premiers etderniers kilomètres entre les domiciles des usagers et les stations de bus. Résultat, un temps moyen de trajet réduit (18 minutes contre 28 auparavant). Et il revient moins cher de recourir à des taxis privés payés par la Ville qui prennent plusieurs passagers par course que de faire rouler des bus. Pour les usagers, le temps d'attente est de 10 minutes maximum. Un seul billet est nécessaire pour l'ensemble du service. Il suffit de réserver le taxi 10 à 15 minutes avant l'heure de départ via le site web, l'appli mobilie ou encore par téléphone.
 
"Seamless"
 
Une réponse multimodale et sans couture (seamless), mot sur toutes les lèvres au salon ITS à Bordeaux. Les usagers attendent des opérateurs qu'ils leur proposent des solutions qui couvrent l'intégralité de leurs besoins de déplacement (domicile-travail, loisirs...), qui soient simples à utiliser et facilitent leur trajet qu'il s'agisse d'un opérateur public et/ou public. C'est pourquoi les assistants de mobilité tendent à regrouper, sous une seule appli mobile, tous les modes de déplacement – transport public, autopartage, covoiturage, vélo, marche à pied, taxis et VTC... à l'image d'Optimod à Lyon ou de Triplinx à Toronto développée par Transdev.
 
Mais, il reste encore beaucoup à faire avant de parvenir à un trajet sans couture. Dans le cadre du programme d'innovation IP4, le projet It2Rail
doté d'un budget de 12 millions d'euros et qui fait partie de Shift2Rail, s'est donné pour objectif d'aboutir à un outil multimodal qui couvre les trajets porte-à-porte à travers l'Europe : planification d'itinéraires, réservation, billettique... L'initiative Shift2Rail, qui compte notamment parmi ses membres fondateurs les grands constructeurs ferroviaires européens et la Commission européenne, doit lancer les premiers appels à projets à la fin de l'année 2015 pour un démarrage en juin 2016. Yves Perreal, directeur des projets Shift2Rail, a lancé l'invitation lors du Congrès ITS. L'objectif ? Accroître l'attractivité du rail. Car le programme comporte aussi un volet business analytics qui doit permettre aux opérateurs ferroviaires d'affiner leur offre.
 
Open et big data
 
L'open data ne fait plus débat, du moins au Salon ITS. L'ouverture des données des opérateurs est désormais perçue comme un levier pour permettre de créer de nouveaux services pour les usagers et d'améliorer leur expérience de mobilité. Ainsi, Keolis, qui met à disposition ses données transports, a pour ambition d'agréger le plus de data possibles via son API Navitia.io. Deux applis mobiles utilisent déjà ses données : MyTripSet développée avec voyages-sncf.com qui permet de planifier son voyage porte à porte, et Mappy qui a ajouté les données de transport public à celles de la route. D'autres ont été créées comme Last metro dédiée à Paris et l'Île-de-France.
Désormais, la loi Macron va contraindre tous les opérateurs à ouvrir leurs données (arrêts, tarifs publics, horaires planifiés et en temps réel, accessibilité aux personnes handicapées, disponibilité des services et incidents constatés sur le réseau...). Une aubaine pour les développeurs et autres petits génies digitaux ?
 
La prochaine étape consiste à anticiper les déplacements et l'offre de transport disponible. C'est notamment tout le travail de la start-up Qucit, spécialisée dans l’intelligence artificielle et l’analyse prédictive de données pour la mobilité urbaine. La jeune pousse avait déjà développé un outil pour prévoir la disponibilité des vélos en libre-service et des places comme à Bordeaux. Elle a lancé en septembre 2015, CityPark, son équivalent pour les places de parking en voirie et en ouvrage présentée au Salon ITS. L’application compare et calcule le prix des différentes offres de stationnement et propose aussi différents choix et classements selon les préférences de l’automobiliste : prix, distance de marche, temps total du trajet. Enfin, L'appli mobile indique le trajet pour rejoindre le parking choisi.
 
... Et le Shopping
 
Porte d'entrée sur la ville, le transport devient un levier de développement économique comme l'a compris RATP Dev avec son outil de relation client (CRM). UrbanInsights scrute les déplacements des consommateurs. Cette filiale de l'entreprise américaine Cubic a lancé, au mois de septembre 2015, le projet Urbanomics Mobility avec MasterCard. L'entreprise croise les données de trafic avec celles des achats des consommateurs. Elle obtient ainsi une cartographie précise de leurs lieux de shopping et restaurants préférés. Une connaissance qui doit permettre de connaître les zones commerciales les plus dynamiques et d'optimiser les futures implantations mais aussi l'offre de transport public.

Florence Guernalec