Le développement de l'offre d'autocars et de TGV low cost de la SNCF ne fait pas que des heureux. On se doutait que cette stratégie ne serait pas forcément bien vécue dans les conseils régionaux. Car ceux-ci financent le déficit de fonctionnement des TER exploités par une SNCF en situation de monopole, et ils observent impuissants que leur prestataire orchestre une complémentarité qui risque de virer à la concurrence interne entre l'offre ferrée subventionnée et une nouvelle offre de marché.

La réaction ne s'est pas fait attendre longtemps. Elle vient de Jacques Auxiette, le président PS de la région Pays de la Loire. "J’engage immédiatement pour les Pays de la Loire les procédures pré-contentieuses prévues dans la convention région-SNCF, et ce d’autant que notre région a été "choisie" par SNCF pour commencer à déployer leur réseau Ouibus, "sans concertation ni argument fondé", explique-t-il dans un communiqué diffusé le 7 septembre 2015. A Nantes, les premiers Ouibus ont été lancés trois jours plus tôt.

L'exécutif régional considère qu'en Pays de la Loire, "deux lignes TER majeures sont directement impactées par les bus et les TGV low cost (à partir de 2016) dans le cadre de la concurrence créée par la SNCF elle-même : Nantes-Le Mans (près de 3,7 millions de voyages par an) et Le  Mans-Rennes (1,1 million de voyages par an)". Aussi "la région des Pays de la Loire demande à la SNCF de supporter seule l’intégralité du risque commercial. Jusqu’ici, SNCF et région se partageaient près de la moitié des risques", précise Jacques Auxiette.

Des subventions dans la balance
 
Le bouillonnant élu qui siège par ailleurs au Conseil de surveillance de la SNCF n'est "pas contre le développement des nouvelles offres de transport en France, qui plus est, à prix abordable. Mais, prévient-il, il faut que la SNCF sache (…) que cela ne se fera pas avec l’aide des subventionnements régionaux".

En clair, la région ne veut plus combler le déficit d'exploitation des services TER concurrencés par les autres offres de son prestataire. Rappellons que l'an passé, les Pays de la Loire ont versé 135 millions d'euros à la SNCF pour l'exploitation du réseau régional de transports en 2014, dans le cadre de la convention TER.

"Ces nouveaux services aux usagers que (la SNCF) propose de développer se font indirectement avec l'aide de la région (...) : est-ce la contribution annuelle des régions qui lui permet d'envisager des tarifs aussi bas, en  dehors de toute réalité économique ?", s'interroge encore Jacques Auxiette qui préside par ailleurs jusqu'aux régionales de décembre (auxquelles il ne se représente pas) la commission Transport de l'Association des régions de France.

Et l'élu socialiste d'enfoncer le clou regrettant que la SNCF "préfère une diversification à tous crins aux nécessaires efforts de performance économique et industrielle qu’il conviendrait d’engager si l’on veut sauver le modèle ferroviaire français".

Marc Fressoz