Plus de contrôles, de patrouilles et un meilleur échange de renseignements, mais pas de "surréaction": face à une "menace terroriste inédite". Tel est le bilan de la réunion à Paris des ministres de l'Intérieur et des Transports de neuf pays reliés par des lignes ferroviaire (1), des commissaires européens chargés de ces portefeuilles et du coordinateur européen de la lutte antiterroriste.

Contrôles accrus des passagers et des bagages

"Le contrôle de l'identité des passagers, ainsi que l'inspection visuelle et le contrôle des bagages, seront renforcés tant dans les gares" qu'à bord des trains, "lorsque cela est nécessaire", explique la déclaration des ministres.

Le contrôle aléatoire des bagages sera mis en œuvre "dans les semaines à venir (...) à la fois sur les Thalys et les TGV", a précisé le secrétaire d'État chargé des Transports, Alain Vidalies, à l'issue de cette réunion.

Ce contrôle pourra viser soit "quelques bagages", soit "tous les bagages" des passagers d'un même train, l'examen pouvant être effectué "aux rayons X par exemple comme cela se fait en Espagne", a-t-il précisé.

"Chacun qui prendra le train doit savoir (...) qu'il peut être l'objet d'un contrôle aléatoire de l'ensemble de ses bagages", a-t-il ajouté.

Renforcement des patrouilles

"Nous allons aussi renforcer les patrouilles, c'est-à-dire la présence de gens armés", en priorité à bord des trains transfrontaliers mais "aussi sur les TGV", a indiqué Alain Vidalies. Les ministres ont décidé de développer les patrouilles mixtes, c'est-à-dire composées d'agents des forces de l'ordre de plusieurs pays sur le parcours des trains internationaux.

Ces patrouilles, "nous allons les multiplier avec une grande ampleur, avec du personnel supplémentaire", a poursuivi le secrétaire d'État, sans chiffrer ces futurs renforts.

Par ailleurs, les pouvoirs des agents de la Surveillance générale (Suge, police ferroviaire de la SNCF) seront renforcés pour leur permettre d'effectuer des fouilles visuelles des bagages, à l'instar des agents de sécurité des grands magasins.

En cas de refus, les passagers n'auront "plus la possibilité de rentrer dans le train" et "il sera très facile pour les agents de la Suge (...) d'alerter la police", a expliqué Alain Vidalies. Ce point nécessitera toutefois "une modification législative qu'on va faire très rapidement", a-t-il assuré.

Un véhicule législatif avant la fin de l'année

Une proposition de loi "de lutte contre la fraude et de renforcement de la sûreté dans les transports" a d'ores et déjà été annoncée par le député PS Gilles Savary et pourrait servir de véhicule à certaines mesures du gouvernement.

Ce texte "pourrait être voté avant la fin de l'année", a affirmé dans un communiqué la SNCF, qui "s'engage à mettre en œuvre dans les délais les plus courts" les dispositions qui seront votées par le Parlement.

Outre la fouille des bagages, les agents de la Suge pourront "bientôt procéder, dans les trains et gares du territoire français, à des palpations de sécurité" et seront "autorisés à patrouiller et à verbaliser, en tenue civile et armés" dans les trains, a ajouté la compagnie ferroviaire publique.

Réunion des transporteurs le 17

Toutes les mesures envisagées seront évoquées lors d'une réunion du comité national de la sécurité dans les transports en commun, convoquée le 17 septembre par le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve et qui réunit la SNCF, la RATP ainsi que l'Union des Transports publics et ferroviaires (UTP).

Il pourrait aussi y être question d'éventuelles fouilles aléatoires des bagages sans consentement par des agents de police. Le gouvernement étudie enfin "la possibilité de rendre obligatoire la détention de papiers d'identité dans les gares ou dans les trains", a signalé Bernard Cazeneuve en marge de la déclaration commune des ministres de l'Intérieur et des Transports réunis place Beauvau.

D'autres mesures à l'étude

Les ministres des neuf pays européens ont également décidé de mettre plusieurs mesures à l'étude comme la généralisation des billets nominatifs pour les trains internationaux de longue distance, et "la possibilité de permettre aux agents habilités des polices ferroviaires de consulter les bases de données pertinentes au cours de leurs missions dans les transports".

Ils ont également appelé "à une coopération renforcée et plus précise au sein de et entre les entreprises de transport et les réseaux européens déjà existants (association des polices ferroviaires, association des transporteurs ferroviaires, réseau ATLAS des forces spéciales d'intervention de police et de gendarmerie) afin que leurs travaux puissent alimenter et enrichir les réflexions des groupes de travail compétents au sein de l'Union européenne".

Enfin, la commissaire européenne aux Transports, Violeta Bulc, a annoncé que le groupe d'experts sur la sûreté des transports terrestres se réunira le 11 septembre 2015 pour "déterminer si des mesures supplémentaires devraient être prises au niveau de l'UE dans l'avenir".

Florence Guernalec (avec AFP)

(1) Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suisse