"Vélo'v a consacré la notion de partage et démultiplié la propriété au lieu de la diviser. C'est devenu un objet sociologique, technique, une nouvelle icône de la liberté. Ce système de vélos en libre-service est l'ancêtre de la nouvelle économie du partage", a déclaré Gilles Vesco, conseiller métropolitain aux nouvelles mobilités urbaines, en ouverture du colloque "De Vélo'v à la ville partagée", qui s'est tenu à Lyon le 17 juin 2015 (1).

45 000 voyages à vélo par jour

"Le transport public individuel en one way est né à Lyon et Villeurbanne", n'a pas manqué de rappeler l'élu. C'était en 2005. Deux ans auparavant, Gérard Collomb, président du Grand Lyon, avait demandé à JCDecaux de fournir un nouveau service à l'occasion du renouvellement du contrat de gestion du mobilier urbain. Concours de circonstances, JCDecaux avait mené de son côté une étude sur les attentes des citoyens dans la ville mettant en lumière cinq principales évolutions. "La ville devait devenir plus multimodale, plus digitale, plus continue, durable et malléable", a expliqué Albert Asseraf, directeur général stratégies études et marketing France pour JCDecaux.

Des évolutions en lien direct avec la mobilité auxquelles pouvait répondre le vélo. Une expérience en ce sens avait été testée à Vienne en Autriche sur une plus petite échelle. Le Grand Lyon a voulu aller plus loin pour transformer le vélo en véritable mode de transport. Pour cela, 350 stations ont été construites et 2000 vélos mis en service. Aujourd'hui, 45 000 voyages par jour sont réalisés par ces VLS au nombre désormais de 3 700. "Velo'v a été un séisme dont on ne savait pas à l'époque qu'il allait en être un", a reconnu Gilles Vesco.

Chaîne servicielle

En effet, ce nouveau mode de déplacement est aujourd'hui présent dans 900 villes dans le monde. Il a aussi ouvert la voie à de nouveaux usages tels que la voiture partagée. Mais il a surtout provoqué une rupture dans l'aménagement urbain et le partage de la voirie.

"A l'époque, on parlait de la gestion du trafic, de réseaux de transport, pas de mobilité. On avait oublié les usages", a rappelé Luc Gwiazdzinski, géographe et enseignant chercheur, spécialiste des nouvelles mobilités à l'université de Grenoble. "Aujourd'hui, on parle de chaîne servicielle et les opérateurs de mobilité sont devenus des fabricants de l'espace public en mouvement".

Dans cette nouvelle organisation, les pouvoir publics jouent un rôle central : celui d'orchestrer tous les nouveaux services dans l'espace urbain. "Nous devons tout faire pour rééquilibrer les différents modes et surtout anticiper les nouveaux usages et les encourager", a insisté Gilles Vesco. C'est le cas de la marche à pied, longtemps négligée dans le paysage urbain, alors qu'elle représente 50% des déplacements à Lyon et Villeurbanne.

Reste que ces nouvelles mobilités croisent en permanence les transports publics. "L'aménagement urbain est un moyen pour améliorer l'interface entre ces modes de déplacement dans l'objectif de réduire la part modale de la voiture", a expliqué l'élu.

La mobilité dans sa poche

L'autre solution repose sur les nouvelles technologies d'information et de communication. Leur rôle ? Aider l'usager à organiser son voyage. "Entre les différents modes qui ont chacun leur propre site d'information, nous sommes plus fatigués à préparer notre déplacement qu'à le faire", a souligné un brin ironique Luc Gwiazdzinski.

En cause, l'absence de systèmes numériques multimodaux. Une carence comblée voici deux mois par Cityway. La filiale de Transdev a, en effet, développé Optymod en partenariat avec le Grand Lyon. Cette application digitale compile l'information de tous les modes de déplacements présents sur ce territoire, avec les horaires en temps réel.

"L'objectif d'Optymod'Lyon est d'apporter de la commodité, de simplifier les déplacements. Cela donne un plus grande visibilité aux usagers des différents modes à leur disposition", a expliqué Laurent Briand, directeur de Cityway.

Optymod comprend également un calculateur d'itinéraire multimodal et un système d'information prédictive à une heure sur le trafic routier. "C'est une appli géniale, s'est réjoui Jean Coldefy, responsable du pôle projets de services de mobilité de la métropole lyonnaise. Grâce à elle, nous avons toute la mobilité de l'agglomération dans la poche".

La question est de savoir comment faire converger les différentes applications développées par les différents acteurs de la mobilité. C'est le cas à Lyon où Optymod télescope celle du Sytral et des transports en commun lyonnais (TCL).

"L'appli TCL est la deuxième de France (après celle de la RATP) avec plus de 500 000 téléchargements et plus de 1,5 million de visiteurs par mois, a rappelé Najoua Ben Jemaa, directrice de la communication numérique du groupe Keolis. Il faut trouver une solution pour utiliser l'API (application programming interface) d'Optymod sans détruire l'usage de l'appli TCL car l'audience est installée. Cela passera par des parcours intelligents d'une appli à l'autre car au final, ce sont les usagers qui choisissent", a conclu la responsable.

Christine Cabiron

(1) Le colloque était organisé par le Grand Lyon, l'association des maires de grandes villes de France (AMGVF), la revue Transport public, MobiliCités, en partenariat avec Alstom, JC Decaux, Keolis et Transdev.

Vous retrouverez le compte-rendu intégral du colloque
dans le numéro de septembre 2015 de la revue Transport Public.