Lors de son audition au Parlement les 12 et 13 mai 2015, la future PDG de la RATP, Elisabeth Borne a promis de lancer un plan d’actions pour améliorer la qualité de l’air dans le métro. Au même moment, la CFDT Transports Environnement dit avoir distribué 6000 tracts ainsi que des masques aux stations Magenta et Haussmann du RER E. Le syndicat lançait ainsi une campagne pour dénoncer "la mauvaise qualité de l’air dans les réseaux ferroviaires souterrains" et réclamer "une même norme" pour les salariés qui travaillent dans ces enceintes et les personnes travaillant à l’air libre.

Une norme pour tous

S’agissant des taux de PM10 (particule fine), la norme journalière s’appliquant à l’air libre est de 50 microgrammes par m3 à ne pas dépasser plus de 35 jours par an, le Conseil supérieur d’hygiène publique de France, depuis disparu, recommandait, en 2001, d’appliquer cette norme aux enceintes souterraines. Or, la réglementation concernant les travailleurs souterrains fixe des concentrations maximum de 5 milligrammes par mètre cube d’air inhalée pour certaines particules par période de 8 heures, selon la CFDT. "Nous demandons au Premier ministre de réviser la norme, faute de quoi, on saisira le conseil d’État", menace Patrick Rossi, secrétaire national adjoint du syndicat CFDT du transport urbain, qui n’hésite pas évoquer le spectre d’un scandale "du type de l’amiante".

Une mesure en continu

Concernant les voyageurs, il n’existe "pas encore de réglementation fixant des valeurs limites d’exposition dans les enceintes ferroviaires souterraines", précise la SNCF qui compte 28 gares dans ce cas en Île-de-France (contre près de 300 pour la RATP). Cependant, la qualité de l’air est mesurée en permanence par les opérateurs. Par exemple, la RATP a mis en place, en 1997, le réseau Squales (Surveillance de la qualité de l’air de l’environnement souterrain) qui réalise des mesures en continu dans trois stations (Châtelet ligne 4, Auber RER A et Franklin-Roosevelt ligne 1), mesures qui sont publiées sur le site de la RATP.

Des salariés et usagers exposés

Quels risques sanitaires pour les salariés comme pour les usagers ? Le rapport de l’Observatoire régional de santé d’Île-de-France (ORS) de juin 2012, "Pollution de l’air dans les enceintes souterraines de transport ferroviaire et santé", dresse un bilan des connaissances publiées en matière de qualité de l’air. Il ressort de cette synthèse que "les enceintes souterraines de transport ferroviaire sont caractérisées par des niveaux de particules particulièrement élevés", avec de niveaux de polluants très variables selon les lignes de transport considérées, le moment de la journée (concentration maximale aux heures de pointe), la localisation au sein des enceintes (quais, salles d’échanges, matériels roulants...), les quais étant les plus exposés.

Les pollutions proviennent de sources diverses : l’air extérieur qui pénètre dans les enceintes souterraines via l’ouverture des stations et le système de ventilation, l’usure du matériel (freins, frottements roues/rails), les travaux d’entretien et de maintenance réalisées principalement la nuit.

Un potentiel toxique à évaluer

Faut-il s’inquiéter ? Il se trouve que "les profils de composition des particules retrouvées dans les enceintes ferroviaires souterraines sont sensiblement différents de ceux établis en milieu extérieur, le risque sanitaire potentiel lié à ces expositions reste à évaluer spécifiquement, explique la synthèse de l’Observatoire régional de santé d’Île-de-France. Les premiers éléments disponibles n’ont pas permis de mettre en évidence un risque à court terme bien que des effets biologiques spécifiques aient été relevés." (sic) L’ORS recommande ainsi de poursuivre les travaux de recherche "afin notamment de mieux comprendre le potentiel toxique des particules relevées dans ces milieux et d’évaluer les éventuels risques à plus long terme d’une exposition chronique à ces polluants".

Des améliorations visibles

La RATP et la SNCF n’ont pas attendu de connaître les effets sur la santé pour agir. La modernisation du matériel roulant (rames neuves avec freinage électrique) et des infrastructures comme le renforcement des ventilations en gare contribuent à améliorer la qualité de l’air. La RATP annonce qu’elle consacre 90 millions d’euros sur la période 2004-2016 pour de nouveaux équipements. "Cela porte ses fruits puisque à Auber, on a réduit d’un tiers le nombre de particules fines entre 2006 et 2014", explique la RATP au journal Le Parisien. Même démarche et résultats similaires à la SNCF notamment à la gare Magenta.

Il ne reste plus qu’à attendre la publication cet été du rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), qui est chargée d’évaluer la pollution dans les enceintes ferroviaires souterraines et les éventuels risques pour les travailleurs... Et les usagers ?

Florence Guernalec