Présider une grande entreprise publique, Élisabeth Borne en rêvait depuis longtemps. Cette fois, cette X-Ponts de 54 ans, nommée le 17 avril 2015 par l’État au conseil d'administration de la RATP devrait sans surprise concrétiser son ambition. Au terme du processus de nomination, elle accédera aux commandes de cet opérateur de transport public qui pèse 5,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Classée à gauche comme le président sortant Pierre Mongin est marqué à droite, l'actuelle directrice de cabinet de Ségolène Royal a un peu plus fréquenté le monde de l'entreprise que ne l'avait fait ce  dernier lorsqu'il fut nommé à la tête de la RATP en 2006.

Après avoir accompli son début de carrière au sein de l'administration du ministère de l'Équipement, cette haut fonctionnaire rejoint la direction régionale de l'Équipement d'Ile-de-France où elle s'occupe de 1989 à 1991 du schéma directeur de la région capitale.

En 1991, elle intègre les sphères du pouvoir politique comme conseillère des ministres de l'Éducation nationale socialistes, Lionel Jospin puis Jack Lang. Après trois ans passé à la tête de l'ex-Sonacotra (Adoma), la victoire de la gauche aux législatives de 1997 l'amène à Matignon. Ainsi, de 1997 à 2002, elle est conseillère du Premier ministre Lionel Jospin d'abord aux transports puis avec une attribution élargie à l'urbanisme, au logement et à la ville.

En 2002, elle intègre la SNCF comme directrice de la stratégie jusqu'en 2007. Au sein de l'entreprise présidée alors par Louis Gallois, elle veille notamment à la mise en musique du système d'autoroute ferroviaire Modalohr entre la France et l'Italie, un projet lancé par le gouvernement Jospin.

Sa seule expérience dans le privé est de courte durée. Elle passe un an chez Eiffage (2007-2008) comme directrice des concessions alors que le groupe de BTP vient, après la privatisation des autoroutes, de récupérer le réseau APRR.

C'est à la Ville de Paris auprès du maire Bertrand Delanoë qu'elle rebondit de 2008 à 2013 comme directrice de l'urbanisme. Elle gère notamment le projet difficile de la tour Triangle prévue porte de Versailles.

Sa carrière prend un tournant étonnant en 2013. Cette polytechnicienne rejoint la préfectorale en étant nommée préfète du Poitou-Charentes, la région présidée par Ségolène Royal. L'entente entre les deux femmes est telle que lorsque l'ex-candidate à la présidentielle de 2007 devient ministre de l'Écologie, elle fait d'Élisabeth Borne sa directrice de cabinet.
Un poste qu'elle aura occupée un peu plus d'un an, quasiment un record tant Ségolène Royal a la réputation de ne pas mener la vie facile à ses collaborateurs. D'ailleurs, c'est une différence de vue dans la gestion finale du dossier des autoroutes fin 2014 qui aura créé de fortes tensions entre la directrice de cabinet et sa ministre.

Femme de caractère, travailleuse invétérée, la future patronne de la RATP va devoir apprendre à composer avec les syndicats d'une entreprise de 55 000 salariés. Dans les mois qui viennent, elle devra boucler la fin de la négociation du contrat avec le Stif avec une autre femme de tête, sa directrice générale Sophie Mougard. 

Marc Fressoz