"La révolution numérique est systémique. Aujourd'hui un Français sur deux possède un smartphone et la nouvelle espèce "d'homo digitalus" est très exigeante en matière de services pour faciliter et agrémenter son temps de transport", constate Bruno Duchemin, rapporteur aux côtés d'Olivier Marembaud de l'avis du Conseil économique social et environnemental (Cese) sur la révolution numérique et les évolutions des mobilités individuelles et collectives. Dans ce document adopté le 14 avril 2015 par 157 voix, le CESE émet dix préconisations.

Il demande notamment aux autorités organisatrices de transport d'inscrire dans leur plan de déplacement urbain (PDU) un volet sur le développement des usages partagés (autopartage, covoiturage et vélos en libre-service) et de placer le numérique au cœur d'une nouvelle conception des services public de transport. Le digital ayant un rôle décisif à jouer pour fluidifier et simplifier la mobilité.

Avoir des objectifs ambitieux


"Dans les délégations de service public, les collectivités doivent fixer à leur délégataire des objectifs ambitieux de modernisation et d'innovation pour proposer de nouvelles offres de mobilité numérique pour répondre notamment à l'enjeu du porte à porte", précise Olivier Marembaud.

Le Cese recommande aussi la création de passe-mobilité évitant "le séquencement du voyage". Tout comme l'institution prône la mise en place des centrales de mobilité digitales dont le rayonnement dépasse les limites administratives des autorités organisatrices. "Actuellement chaque collectivité développe sa solution dans son coin sans créer de synergies avec les autres. Cela tend à la balkanisation".

Un champion européen de "l'e-mobilité"


Plus largement et dans l'objectif d'endiguer une "hégémonie américaine" dans le secteur des déplacements - comme cela a été le cas dans le tourisme - le Cese préconise la construction d'un champion européen à la taille de l'enjeu. "Mais pour cela, il faut remettre en cause le droit européen des concentrations", souligne le Cese. Cette sorte "d'Airbus de l'e-mobilité" consisterait en une plate forme de services regroupant toutes les solutions de transport individuelles et collectives, enrichies d'offres commerciales et de tourisme.

" La France entre dans cette économie en mutation avec des atouts considérables. Il ne manque qu'une volonté collective affirmée pour construire un outil de développement durable au service de l'économique, du social et de l'environnemental", soulignent Bruno Duchemin et Olivier Marembaud.

Pour cela, le Cese incite fortement les pouvoirs publics, les opérateurs de transport et les industriels à se mettre autour de la table "car c'est le moment d'agir".

Christine Cabiron