"Le Bluetram est un tramway sans caténaire et sans rail", lit-on dans le dossier de presse de Bolloré. N'en déplaise aux communicants du groupe breton, il y a une façon plus positive et plus simple pour le définir. Il s'agit d'un bus électrique à "biberonnage", c'est-à-dire qui se recharge en quelques secondes aux arrêts, ce qui lui confère une autonomie illimitée. Un concept sur lequel tous les constructeurs de bus travaillent actuellement.

Avec son usine implantée au cœur de la Bretagne, Vincent Bolloré veut investir un segment de marché balbutiant mais à qui tous les experts du secteur promettent un bel avenir. Il s'agit d'équiper les villes de lignes régulières d'autobus 100 % électrique et transportant autant de passagers qu'un bus au gazole. Le bus électrique se heurte, en effet, à une difficulté majeure : l'autonomie. Malgré d'indéniables progrès ces dernières années, la capacité des batteries reste très limitée, surtout pour des autobus de 12 mètres de long, et leur poids réduit la capacité d'emport de passagers.

Un système "fait maison"

La solution est d'utiliser des supercapacités qui délivrent une forte puissance électrique sur un temps très court et qui se rechargent en quelques secondes à chaque arrêt, pendant les échanges de passagers. Dans son usine d'Ergué-Gabéric, inaugurée le 16 janvier 2015 par Manuel Valls, le groupe Bolloré produira l'ensemble du système. C'est d'ailleurs ce qui en fait la principale originalité. Les véhicules, d'abord, qui seront déclinés en deux longueurs 6 mètres (22 passagers) et 12 mètres (90 passagers). Cette dernière version, qui sera produite à partir de 2016, a déjà été acquise par la RATP. Sortiront également des chaînes de montage les supercapacités qui équiperont ces véhicules et les stations d'arrêt, produites par Automatic Systems, filiale du groupe Bolloré. Ces dernières seront, elles aussi, équipées de supercapacités et d'un système de bras rétractable qui s'enfichera dans le toit du bus pour transférer la charge électrique.

Pour une ligne d'une quinzaine de kilomètres équipée de 10 Bluetram de 12 mètres et de 15 stations, Bolloré annonce un coût de 30 millions d'euros, soit 2 millions d'euros du kilomètre.

Cette usine de 3 200 m², qui aura nécessité 10 millions d'euros d'investissement, auxquels s'ajoutent 50 millions d'euros pour le développement de la solution maison de supercapacités, emploiera une cinquantaine de personnes. Sa capacité de production annuelle est de 100 Bluetram de 6 mètres, 60 000 supercapacités et 192 stations. Une extension de 7 000 m² est prévue en 2016-2017, ce qui doublera la capacité de production du site. Ce nouvel investissement de 20 millions d'euros s'accompagnera de la création de 100 emplois supplémentaires.

Robert Viennet

Manuel Valls inaugure, le 16 janvier 2015, l'unité de production du Bluetram