Début novembre 2014, la visite du Premier ministre chinois, Li Keqiang, en Serbie, Etat des Balkans dans l’antichambre de l’Union européenne, avait intrigué les observateurs. Aujourd’hui, on comprend mieux ce qui se préparait. La Chine a jeté les bases d'un corridor ferroviaire stratégique partant de la Grèce pour gagner le cœur de l’Europe via la Hongrie.

Le Premier ministre chinois et ses homologues de Macédoine, Serbie et Hongrie ont signé, le 17 décembre 2014, un mémorandum d'accord pour la construction d'une voie ferrée à travers les Balkans. Pékin ambitionne de relier le port grec du Pirée à l'Europe centrale, via une “extension et une modernisation" de la voie ferrée hongro-serbe passant par Budapest et Belgrade, qui sera reliée à la Chine", commente l’agence de presse officielle, Chine nouvelle.

Voici six ans, la Chine a acquis, par l'intermédiaire d’une de ses compagnies maritimes (China Shipping), deux terminaux du port grec du Pirée, sachant que 80% du commerce de la Chine avec le vieux Continent se fait par la mer... Ce développement a été accompagné par une montée en puissance de la coopération entamée avec la compagnie de chemin de fer grecque, Trainose, pour le transport de fret.

1,5 milliard d'euros de travaux

"Le projet s'est étendu à la Macédoine. Les chemins de fer et le port grec y participent déjà ce qui nous permettra de construire ensemble une voie rapide par terre et par mer entre la Chine et l'Europe", a déclaré Li Keqiang à la presse rapporte de son côté l’AFP.

La voie ferrée Budapest-Belgrade "sera bénéfique pour la Hongrie et la Serbie et va sceller la mise en place" de ce corridor, a déclaré M. Li après la signature de ce projet phare du troisième sommet annuel entre la Chine et les pays de l'Europe centrale et de l'Est qui s'est tenu à Belgrade. Les détails de l'accord n'étaient pas disponibles dans l'immédiat, mais selon la presse locale, le coût des travaux de cette voie ferrée s'élèverait à 1,5 milliard d'euros.

M. Li a assuré que la construction de cette ligne de chemin de fer serait "achevée en deux ans", d'ici à 2017 et qu'elle permettra "de faire passer la vitesse des trains de 40 km/h actuellement à 200 km/h"."La voie ferrée va améliorer les relations entre la Chine et l'Europe et elle sera construite en accord avec les normes européennes", a-t-il assuré.
"Et d'ajouter, complète Chine nouvelle, qu'il faudrait construire davantage de voies rapides entre son pays et l'Union européenne (UE), qui est le partenaire commercial le plus important de la Chine, pour renforcer la coopération entre les deux parties."

La leçon à Bruxelles

En outre, le représentant chinois a jeté une pierre dans le jardin de Bruxelles qui complète péniblement son réseau transeuropéen de transport en montrant que Pékin se substitue à l’Union européenne sur son propre continent : "Cette liaison devrait améliorer le transport et la logistique à l'échelle régionale, augmenter la vitesse de déplacement des personnes, des biens, des capitaux et des technologies", a encore ajouté M. Li cité par l’agence officielle chinoise. "C'est une bonne nouvelle pour le développement équilibré de l'Europe dans son ensemble et pour le coup d'accélérateur donné à l'intégration européenne."

La conclusion de cet accord "montre que la Chine et l'Europe ont trouvé les moyens de coopérer (...) dans les décennies à venir", a fait valoir de son côté le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, qui représente parmi les trois Etats signataires le seul intégré à l’Union européenne. M. Orban a salué la volonté de la Macédoine de participer à ce projet, le pays se trouvant sur le tracé de ce corridor nord-sud reliant la Hongrie à la Grèce en passant par la Serbie.

Une fois la voie ferrée construite, les trains mettront un peu moins de deux heures et demie, au lieu de huit heures actuellement, pour relier les deux capitales, a précisé le Premier ministre serbe, Aleksandar Vucic. D'ici la fin de janvier 2015, "la Serbie, la Hongrie et la Macédoine vont présenter en commun au gouvernement chinois une proposition sur les manières de financer la construction de cette voie ferrée", a fait valoir M. Vucic, précisant que les modalités de financement ne devaient pas nécessairement être les mêmes pour les trois pays.

"Simplifications douanières"

Une des contreparties du cofinancement apporté par la Chine (qui construit des infrastructures en Serbie) sera l’ouverture des vannes aux produits fabriqués dans l'Empire du milieu. L’agence Chine nouvelle mentionne, en effet, la signature d’"accords de simplification des procédures douanières avec les dirigeants de ces trois PECO" (Pays d’Europe centrale et orientale).

Reste à savoir si la réalisation de la nouvelle infrastructure sera ouverte à l'ingénierie et aux entreprises de travaux publics occidentales. Pour les marchés passés en Serbie et en Macédoine qui sont hors Union européenne, il ne faut sans doute même pas y penser.

Marc Fressoz