Depuis l'exposition universelle de Shanghai de 2010 – année des premières prises de contact entre Keolis et les autorités chinoises - le groupe français a lentement tissé sa toile dans ce pays. "Ce travail de l'ombre porte ses fruits", a indiqué Jean-Pierre Farandou, président de Keolis à l'occasion d'un déplacement en Chine, organisé début décembre.

Dans ce pays où l'urbanisation est galopante avec environ 35 mégapoles de plus de dix millions d'habitants et 500 villes de plus de un million d'habitants, les projets de transport collectif sont pléthoriques. La raison ? Le souhait des pouvoirs publics de lutter contre la congestion des villes et la pollution.

La NDRC (National development and reform commission) a, en effet, validé la construction de métros dans 37 villes pour un total de 3127 kilomètres. Par ailleurs, 60 milliards d'euros d'investissement seront consacrés à la construction de 2000 kilomètres de lignes de tramway dans 72 villes.

Des opportunités de développement que Keolis a bien l'intention de saisir. Pour ce faire, il a créé deux coentreprises : la première, Wuhan Keolis, avec la Wuhan Transportation Engineering Construction Investment Group pour la construction et l'exploitation du nouveau hub de l'aéroport de Wuhan. La seconde, Shanghai Keolis, avec le groupe Shanghai Shentong metro, pour se développer en Chine et en Asie du sud-est.

Keolis en mode automatique

"Nous apportons notre méthodologie, notre expérience en matière d'exploitation de réseaux multimodaux et nos connaissances des appels d'offres", explique Bernard Tabary, directeur international. Avec 30 000 salariés, le groupe Shentong métro exploite le plus grand métro du monde (538 kilomètres, 14 lignes, 328 stations, 580 trains) et transporte plus de 9,5 millions de passagers par jour.

Un réseau qui devrait s'étendre sur 800 kilomètres d'ici 2020. Actuellement, la ligne 8 est en cours de prolongement. C'est un système de métro léger sans conducteur qui a été retenu. "Shanghai Keolis en sera très probablement l'exploitant", indique Marcellin Darrou, directeur général de Shanghai Keolis.

Dans le domaine de l'automatisation, Keolis a d'ores et déjà participé à celle de la ligne 10 et pourrait être l'opérateur de deux autres à venir. En effet, la société Shentong devrait signer en février 2015 un contrat avec l'aéroport de Shanghai prévoyant la création d'un tel système destiné à relier deux nouveaux terminaux. "Shentong souhaiterait que ce marché de construction et d'exploitation soit confié à Keolis Shanghai", a déclaré Chen Bin, président de Shanghai Keolis. Ce projet pourrait voir le jour courant 2019.

Cap sur la Thaïlande

Parmi les perspectives de développement visées par la coentreprise en dehors des frontières chinoises, figure la Thaïlande. A Bangkok, des travaux de génie civil ont été entrepris pour étendre de 27 kilomètres la ligne bleue du métro. Pour l'instant, l'appel d'offres n'a pas encore été lancé. Il n'empêche que Shentong métro a l'ambition de remporter ce marché. "Le contrat porterait sur la construction du système, son exploitation et sa maintenance", précise Marcellin Darrou. Cette nouvelle infrastructure pourrait être mise en service en 2018.

Les ambitieux projets de Wuhan

A Wuhan, Keolis a décroché en 2013 le marché de conception et d'exploitation du futur hub intermodal du terminal 3 de l'aéroport, en cours de construction. Ce pôle multimodal comptera alors une deuxième piste, une nouvelle autoroute, une ligne de métro et une ligne de trains de banlieue.

Dans ce projet, Keolis est chargé d'organiser l'intermodalité entre ces modes, ainsi qu'avec les bus, les taxis et de gérer le stationnement. Autrement dit, créer le lien entre l'aéroport, le centre-ville et l'agglomération du Grand Wuhan. "Il s'agit aussi de s'inscrire dans une démarche de développement durable en portant la part des transports en commun de 15 à 50%", précise Serge Cridlig, directeur général de Wuhan Keolis.

Dans cette aire métropolitaine de 30 millions d'habitants dont le taux d'urbanisation sera de 70% dans les dix prochaines années (contre 50% actuellement), plusieurs projets de transport en commun sont planifiés. En 2017, le métro comptera 290 kilomètres de lignes et 500 kilomètres à terme.

Un réseau de trains de banlieue est également en cours de construction. Celui-ci sera composé de six lignes qui desserviront huit communes du Grand Wuhan. Keolis s'est d'ores et déjà positionné sur ce marché en signant en novembre 2014, un accord avec la province de Hubei prévoyant sa participation à l'exploitation du futur réseau de trains express. "Pour l'instant, nous n'avons pas encore signé de contrat. L'idée est de faire de l'assistance et plus si affinités", précise Jean-Pierre Farandou.

Christine Cabiron à Wuhan et Shanghai