La désignation du tandem Ratp Dev et Saptco pour la création et l'exploitation du réseau de Riyad, en Arabie saoudite, était officieuse depuis avril 2014. Ne restait plus qu'à signer le contrat. C'est chose faite depuis le 20 novembre 2014 par une délégation de la RATP emmenée par Pierre Mongin, son président.

Le déplacement en valait la chandelle. Ce marché énorme est évalué à 1,7 milliard d'euros sur les douze ans du contrat. Il faut dire que tout est à construire dans la capitale du royaume saoudien. Aucun système de transport en commun régulé ne permet à ses 5,7 millions d'habitants de se déplacer d'un point à l'autre d'une ville qui s'étend sur 1300 km². Et quand on sait qu'en 2030 le grand Riyad aura doublé de taille et sa population frisera les 8 millions d'habitants, on comprend mieux l'urgence.

Ratp Dev, qui possèdera 20% de PTC (Public transport Company), la joint-venture créée avec Saptco, apportera tout son savoir-faire pour construire, ex-nihilo et en deux ans, un réseau de 1000 bus et 100 lignes. "A ma connaissance, c'est la première fois qu'une métropole confie à un opérateur le soin de dessiner un réseau de bus à partir d'une feuille blanche", explique François-Xavier Perrin, président du directoire de RATP Dev, qui mesure tout l'enjeu qui attend son entreprise.

Réseau Hiérarchisé


Le réseau hiérarchisé s'articulera autour de quatre lignes de bus à haut niveau de service, à la mode sud-américaine. C’est-à-dire avec de vraies voies en site propre, des inter-stations de 600 à 1200 mètres et une fréquence de passage toutes les cinq minutes. Sur ces grands axes, circuleront des bus articulés de 18 mètres, accessibles aux handicapés, dotés de WiFi et climatisés, ce qui n'est pas un luxe dans un pays où la température peut atteindre les 50°c. Une climatisation que l'on retrouvera dans toutes les stations d'embarquement de ces lignes longues de plusieurs dizaines de kilomètres.

Ce réseau armature sera complété par deux lignes circulaires de 55 kilomètres, et dix-huit lignes principales opérées avec des bus de 12 mètres. Enfin, pour assurer une desserte fine des quartiers, soixante-seize lignes de proximité, les "feeders", seront créées. Certaines seront exploitées en service régulier avec des bus de 10 mètres et d'autres à la demande avec des véhicules plus petits. L'opérateur sera également chargé de créer trois dépôts pour abriter son parc de 1000 véhicules. Le marché de fourniture des bus a été attribué à Mercedes qui fournira des véhicules issus de sa gamme Citaro.

La mise en service de ce réseau qui se fera en trois phases (par zone géographique), espacées chacune de six mois, nécessitera un investissement de départ de 360 millions d'euros (compris dans les 1,7 milliard d'euros) qui seront avancés à l'opérateur par l'autorité organisatrice ADA (ArRiyadh Development Authority). Cette dernière récupérera, ensuite, cet investissement de départ au long des 10 ans d'exploitation du réseau. A la fin de ce contrat, PTC sera donc propriétaire des 1000 bus et surtout des trois dépôts. "Un avantage non négligeable quand le réseau sera mis à nouveau en concurrence", se réjouit Cyril Carniel vice-président de la Business Unit Asie Moyen Orient de Ratp Dev.

4200 recrutements en deux ans

Enfin, autre gros challenge, PTC va devoir en deux ans recruter et former 4200 salariés dont 3200 conducteurs. "Nous enverrons à Riyad les formateurs de la RATP", explique Thierry Mons chargé par la RATP de piloter l'ensemble du projet.

Ce réseau de bus sera opérationnel un ou deux ans avant l'inauguration des six lignes de métro automatique qui sont actuellement en construction à Riyad. Ainsi, en moins de quatre ans, la capitale de l'Arabie saoudite, jusque-là totalement livrée à l'automobile, va voir naître un réseau de bus de 1000 kilomètres articulé à un réseau de 176 kilomètres de métro et 85 stations. Du jamais vu.

Après le bus le métro

La RATP entend d'ailleurs se positionner pour répondre à l'appel d'offres d'exploitation de ce réseau de métro dès qu'il sera sorti, sans doute début 2015. "On saura alors si ADA lance un appel d'offres unique ou bien par lots de lignes comme cela a été fait pour la construction", explique Cyril Carniel. Pour ce projet, la RATP répondra toujours en partenariat avec Saptco, mais sans doute dans des proportions inversées. En effet, si l'opérateur saoudien est un spécialiste du mode routier, il n'a aucune expérience en matière de métro automatique.

L'aventure des deux partenaires ne s'arrêtera pas là. Outre Riyad, les autres grandes villes du Royaume ont toutes des projets de création de réseaux de bus, voire de métro pour les plus importantes (la Mecque, Medine, Djeddah, Dammam) : "Nous ne répondrons pas à tous les appels d'offres, mais vous savez, l'appétit vient en mangeant", lance en forme de clin d'œil Cyril Carniel, qui pense déjà aux grands projets de bus métro ou tramway, lancés par les autres pays du Golfe, Dubaï, les Emirats Arabes Unis, le Quatar, Abu Dhabi ...

Robert Viennet