Après deux ans de réflexion et d’analyses comptables, la région Bourgogne a tranché. Elle n’achètera pas 13 rames de Regio 2N, le train régional à double étage construit par Bombardier. Un projet destiné à accroître la capacité de transport, notamment sur la ligne Paris-Dijon-Lyon qui représente 80% du trafic TER. Elle préfère rénover ses trains Corail.

Pourtant, cette option d’achat avait été sérieusement envisagée par les élus bourguignons. "Dans le budget de 2015, nous avions fléché 180 millions d'euros pour acquérir ces trains", explique Michel Neugnot, premier vice-président du conseil régional.

Trop de contraintes


Un choix radical décidé début novembre par la commission des finances du conseil régional pour plusieurs raisons. La première tient au confort du voyageur : "Le Regio 2N est prévu pour les courtes distances. Par conséquent, le confort n’est pas au rendez-vous". Certaines liaisons pouvant dépasser les trois heures. 

Autre raison : l’importance des travaux d’infrastructures. Acquérir ce matériel aurait nécessité de construire un nouveau centre de maintenance. Coût de l’opération : près de 20 millions d’euros. "De plus, comme il aurait été localisé dans l’étoile dijonnaise, nous aurions dû acheter plus de trains pour gérer les temps d’acheminement vers ce centre technique. Cela ne tenait pas la route économiquement".

Fréquentation en berne


Par ailleurs, les dates de livraison de ces trains étaient prévues entre 2015 et 2019. Or, d’importants travaux vont débuter l’année prochaine sur le réseau ferré bourguignon et induire des reports vers le car. "Il nous était impossible d’annoncer à nos clients que nous avons de beaux trains, plus capacitaires et plus rapides, mais qui ne pourront pas circuler pendant deux ans, voire deux ans et demi".

Enfin, ce programme d’acquisition était basé sur une prévision de croissance du trafic de l’ordre de 2 à 3% par an. Ce qui n’est plus le cas à présent. En effet, la fréquentation des TER bourguignons (45 000 voyageurs par jour) accuse une baisse en 2014. "Le covoiturage sur les longues distances est une très grande concurrence pour le TER", affirme l’élu.

Différence de coûts


Mais, l’argument qui a définitivement fait pencher la balance en faveur de la rénovation des Corail, tient à la différence entre le coût d’investissement et celui d’exploitation. La rénovation va coûter 160 millions d'euros à la Région. "Pour le fonctionnement, à périmètre de service égal, nous arrivons à un différentiel de 5,5 millions d’euros par an en défaveur des Regio 2N". Un point d'autant plus important que pour compenser les 12 millions d'euros de baisse des dotations de l'Etat, la région a choisi de réduire son budget de fonctionnement d'autant, plutôt que de baisser ses capacités d'investissement.

Les opérations de modernisation s’effectueront à Nevers en trois tranches. "Nous allons rénover les sièges, les toilettes et installer des prises électriques". Ce coup de jeune allongera la durée de vie des Corail d’une dizaine d’années. "Cela va nous mener jusqu’en 2023-2025. L’acquisition de trains nouveaux nous engageait pendant 30 ans, et risquait de bloquer des décisions ultérieures", indique Michel Neugnot. "De plus, c’est très développement durable de mener un matériel en fin de vie, plutôt que de le mettre à la casse".

En revanche, c'est une mauvaise nouvelle pour Bombardier qui a commencé à livrer ses premiers Regio 2N en septembre 2014. Le constructeur a besoin de nouvelles commandes pour alimenter les chaînes de son usine de Valenciennes dont le plan de charge court jusqu'en avril 2017.   

Christine Cabiron