Les professionnels français du transport et les politiques spécialistes du secteur se préparaient - voire se réjouissaient comme le député PS, Gilles Savary - à l'idée de travailler avec le madré Slovaque, Maros Sefcovic.

Ils ont dû revoir leurs plans ces dernière semaines. Car, ce n'est finalement pas lui qui hérite du siège de commissaire européen en charge des transports, mais la Slovène Violeta Bulc. Celle-ci entrera officiellement en fonction, le 1er novembre 2014, en même temps que la nouvelle commission présidée par le luxembourgeois Jean-Claude Juncker.

Une expérience de deux mois

Qui est Violeta Bulc ? Cette femme de 50 ans, fondatrice d'une société de conseil en entreprise (Vibacom), n'est pas seulement une inconnue dans les arcanes bruxelloises, elle est tout simplement une néophyte en politique. Son entrée dans la carrière remonte à septembre… 2014.

Appelée par le Premier ministre slovène centriste, Miro Cerar, à rallier son gouvernement de coalition comme ministre sans portefeuille chargée du développement, elle en est devenue vice-premier ministre le 2 octobre dernier. Mais, elle n'a pas vraiment eu le temps d'exercer ses fonctions (Développement, projets stratégiques, et cohésion) puisque la Slovénie la désigne, le 10 octobre 2014, pour devenir commissaire européen. Bref, une ascension fulgurante.

Son arrivée dans le saint des saints bruxellois constitue une surprise de dernière minute dans le fastidieux processus de formation de la Commission européenne qui succède l'équipe Barroso. Son président, le luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a dû improviser un jeu de chaises musicales pour respecter l'équilibre entre nationalités après que le Parlement européen a rué dans les brancards.

Les eurodéputés ont, en effet, retoqué la candidate initiale de la Slovénie, l'ex-Premier ministre libérale, Alenka Bratusek, qui était promise au poste de vice-présidente chargée de l’Energie  Mais, pas question pour autant de confier le même portefeuille, jugé stratégique, à la candidate de substitution proposée par la Slovénie. Violeta Bulc  - Juncker ne l'a rencontrée pour la première fois que mi-octobre - a été jugée trop tendre.

C’est pourquoi, le slovaque, Maros Sefcovic, qui devait gérer le dossier des transports a été promu à l'énergie laissant donc son portefeuille initialement prévu à Violeta Bulc.

Elle arbitrera sur le Lyon-Turin et le Canal Seine-Nord Europe


Lors de son audition devant le parlement le 20 octobre 2014, elle a pu mieux faire connaître son profil rafraîchissant qui peut être un atout pour compenser son inexpérience. A l'évidence, Violeta Bulc n'a pas le profil stéréotypé d'une eurocrate. Ceinture noire de taekwondo, joueuse de basket dans sa jeunesse, cette experte en stratégie de développement durable, indique, sur son blog, croire "au pouvoir des réseaux, à l'holisme individuel et à l'énergie positive", et est adepte du chamanisme.

A l'évidence, elle a montré, lors de son audition, avoir bien assimilé les dossiers complexes qu'elle aura à traiter. Reste à passer aux travaux pratiques. Parmi ces dossiers, figure celui poussé par la France - Alain Vidalies a repris les jalons posés par Frédéric Cuvillier - concernant une harmonisation sociale du transport routier de marchandises pour mettre fin à la spirale du dumping social.
La logique de libéralisation du marché européen a conduit à faire considérablement baisser le prix du transport routier de marchandises. Mais, effet pervers, cette politique a porté considérablement atteinte aux objectifs bruxellois de report modal des marchandises du camion vers le train, si elle ne les a pas carrément ruinés.

Aure dossier, les échéances d'ouverture à la concurrence du trafic ferroviaire domestique au sein de l'Union européenne. 

Par ailleurs, c'est sous le mandat de la commissaire slovène que seront sélectionnés les grands projets de réseaux transeuropéens de transports qui bénéficieront des financements communautaires. Début 2015, la France déposera deux dossiers de candidature : le tronçon international du Lyon-Turin et le Canal Seine-Nord Europe.

Marc Fressoz