C’est une victoire pour les associations qui avaient déposé un recours contre les projets de ligne D du tramway et de tram-train du Médoc. Le tribunal administratif a annulé, le 23 octobre 2014, les arrêtés préfectoraux portant les déclarations d’utilité publique de ces deux lignes.
Dès le lendemain, les élus de la Communauté urbaine de Bordeaux (Cub) ont décidé, à l’unanimité, de faire appel des deux décisions, "considérant notamment qu’elles contiennent des erreurs dans l’appréciation des faits". Le rapporteur public avait demandé l’annulation des déclarations d’utilité publique pour "insuffisance de l’évaluation socio-économique n’ayant pas permis au public d’apprécier l’utilité publique du projet". La Cub va assortir cet appel d’une demande de sursis à exécution du jugement afin de pouvoir achever les travaux du tram-train déjà réalisés à près de 80%.
Parallèlement, les élus de la Cub ont annoncé que deux nouveaux dossiers d’enquête publique seront constitués sur chacun des deux projets, dans l’attente de la décision de la Cour administrative d’appel. En effet, une nouvelle méthode de calcul du nombre prévisionnel de voyageurs va être mise en place et le coût de la ligne D sera clarifié.
Le tribunal administratif avait été saisi par un collectif d’associations dont Trans’Cub et Aquitaine Alternatives.

Une ligne D à plus de 220 millions d'euros


L’annulation de l’arrêté préfectoral portant la déclaration d’utilité publique de la ligne D de tramway intervient alors que les travaux n'ont pas commencé. Située dans le quadrant Nord-Ouest de l’agglomération, cette ligne de 9,8 kilomètres doit relier la place des Quinconces à Bordeaux, au lieu-dit Cantinolle à Eysines. Ainsi, cette ligne doit traverser les villes de Bordeaux, Le Bouscat, Bruges et Eysines, et devait entrer en service en décembre 2017.
Le projet a été estimé à 221,3 millions d’euros HT, matériel roulant compris, dont près de 24 millions de subventions accordées par l’Etat au titre des appels à projets Grenelle 1 et 2. Selon la Cub, la ligne D permettra de desservir plus de 37% de la population et des emplois du quadrant Nord-Ouest (78000 habitants + emplois). A l’horizon 2025, avec la réalisation des projets sur Eysines, elle desservira 11 000 habitants de plus, soit 43% des personnes (population, emplois) du quadrant Nord-Ouest. Ainsi, l'analyse socio-économique, inclue dans l'enquête publique, prévoyait 62 300 montées par jour en 2016.

Une polémique sur les prévisions de trafic


Des chiffres de trafic jugés "irréalistes" par l’expert en économie des transports, Pierre Vince, mandaté par l’association Trans’Cub et le comité de quartier de Caudéran. Celui-ci considère ainsi que la rentabilité de la ligne qui doit comporter 15 stations, ne sera pas au rendez-vous. En effet, Pierre Vince pointe, dans son audit, "des performances surestimées sur la vitesse commerciale, la régularité et donc l’attractivité de cette ligne…" Car, sur les 9,8 kilomètres de ligne, 6,5 ne seront pas en site propre : ils seront en voie unique ou dans le flot de la circulation. Selon l’expert, l’investissement serait aussi sous-évalué, car il considère que le projet nécessiterait dix rames supplémentaires. Ainsi, l’association Aquitaine Alternatives suggère de remplacer la ligne D par un BHNS en site propre.

Un projet politique


Quant au tram-train du Médoc qui doit relier la place Ravezies à Bordeaux, à la gare de Blanquefort via Bruges, les travaux d’infrastructure sont très avancés et devaient s’achever vers la mi-2015. La ligne de 7,2 kilomètres située au Nord de l’agglomération, doit desservir les communes de Bordeaux, Le Bouscat, Bruges et de Blanquefort. La Cub a décidé la création d’une ligne de tramway en voie unique dans les emprises du réseau ferroviaire national en parallèle de la voie unique ferroviaire existante, ce projet pouvant évoluer vers la mise en place d’un tram-train circulant sur le réseau ferroviaire au nord de Blanquefort.
L'analyse socio-économique évalue le trafic à 48 100 montées par jour en 2016, une hypothèse "ambitieuse" comme le souligne le jugement du Tribunal administratif. L'investissement hors matériel roulant a été estimée à 77 millions d'euros HT et la mise en service à seulement 7-8 rames. Pour les associations Trans’Cub et Aquitaine Alternatives, les trafics réellement attendus ne justifient pas la création de cette ligne. Il s’agit d’un projet non pertinent économiquement porté par Vincent Feltesse, ex-maire PS de Blanquefort et ex-président de la Cub.

Florence Guernalec