La Cour des comptes, alliée objective de la SNCF ? Difficile à croire… Son rapport thématique intitulé “La grande vitesse ferroviaire un modèle porté au-delà de sa pertinence“ rendu public le 23 octobre 2014 ne ménage pas l’entreprise publique. Elle lui reproche d’avoir laissé filé "ses coûts hors péage, (+6,2% par an en moyenne sur la période 2002-2009) y compris celui de sa masse salariale". Un constat d’ailleurs partagé sous forme d’autocritique présentée par l’entreprise en conseil d’administration le 25 septembre 2014 et dont MobiliCités a rendu compte dans un précédent article.

Mais, le rapport épouse également le discours à rebrousse-poil et mal accepté que le p-dg Guillaume Pepy et son équipe développent, depuis le début de la décennie, à l'intention des élus des territoires non desservis et qui attendent avec impatience leur ligne à grande vitesse, comme la région Midi-Pyrénées.

Barbara Dalibard, la dg de la branche Voyageurs, en a d’ailleurs rappelé la teneur la veille de la publication du rapport : "Plus on crée de lignes TGV, plus sa rentabilité baisse et menace l’entreprise dans son ensemble ".

Une marge opérationnelle en chute libre


Ainsi, la Cour conforte cet argument en égrenant les chiffres de l’activité TGV marquée depuis 2008 par un trafic en stagnation. "La rentabilité des lignes diminue au fil de nouveaux projets de plus en plus coûteux", résume-t-elle. Et de détailler : "la marge opérationnelle de l’activité TGV s’est sensiblement dégradée, de 29% du chiffre d’affaires en 2008 à 12% en 2013".

Et du côté du gestionnaire du réseau (RFF qui va devenir SNCF infra), la dette explose lié à la construction des lignes TGV, tandis que la fin de l’écotaxe prive l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) de ressources. "Le financement des projets de LGV déjà décidés n’est donc pas assuré", constate la Cour des comptes.

Les TGV que sur les LGV

Comment remédier à tous ces déséquilibres à défaut de défaire ce qui a déjà été lancé ?

Pour rétablir la rentabilité de l’activité TGV qui aujourd’hui dessert 230 destinations - ce qui selon elle est excessif - la Cour propose la mesure radicale que la SNCF commence timidement à appliquer : limiter la circulation des TGV aux lignes à grande vitesse, son périmètre de pertinence. C’est-à-dire éviter les dessertes à rallonge sur le réseau classique où la SNCF verse des péages importants alors que ses rames se vident au fur et à mesure.

Avec leur approche comptable, les magistrats en viennent à définir les cinq critères d’un service à grande vitesse rentable :

  • Connexion à des bassins de population importants ;
  • Des durées de trajet de 1h30 à 3 heures ;
  • Peu ou pas d’arrêts intermédiaire ;
  • Un taux de fréquence important ;
  • Et de bonnes correspondances avec d’autres moyens de transport, TER ou autocar de préférence

Revoir le processus de décision

Pour éviter à l’avenir d’ajouter des lignes à grande vitesse non rentables au réseau existant, la Cour prône de revoir de fond en comble le processus de décision faussement rationnel. La rentabilité prévisionnelle de la quasi totalité des LGV a été "systématiquement surestimée" : 5% pour la LGV Nord au lieu des 20% prévus, 8 % pour la LGV Méditerranée au lieu des 12 % prévus etc.

Pas tendre avec les élus et les différents exécutifs, elle pointe la place prépondérante des choix politiques dans les décisions et les “biais“ qui existent à chaque étape : "les schémas directeurs deviennent en pratique contraignants, résume-t-elle, les hypothèses de trafic et la valorisation du temps gagné sont trop optimistes, des annonces prématurées tiennent lieu de décision, les acteurs locaux poussent le projet mais l’appel aux collectivités territoriales pour le financement implique des contreparties coûteuses, le plan de financement de la ligne intervient beaucoup trop tardivement."

Une critique qui vaut pour les lignes à grande vitesse dont les fondations sont déjà bien avancées : la LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Pays Basque, ou encore le Lyon-Turin.

Plus que la Cour des comptes qui va faire hurler les élus porteurs de ces projets, c’est davantage le manque d’argent qui pourrait différer leur construction.

Marc Fressoz

Lire le rapport de la Cour des Comptes