Une ville où la voiture se fait discrète. Une ville sans bruit, ni gaz d’échappement où les enfants peuvent jouer dans la rue et les personnes à mobilité réduite accéder aux commerces et services sans difficulté. Une utopie ? Non. C’est le modèle urbain développé à Pontevedra : Une ville de 83 000 habitants au Nord Ouest de l'Espagne. En 1999, quand Miguel Anxo Fernandez Lores se présente aux élections municipales son programme est simple. Il propose aux habitants de rendre leur ville accessible à tous, notamment aux plus vulnérables : personnes handicapées, seniors et enfants. 

Une décision guidée par la directive européenne qui fixe au 1er janvier 2015 l'égalité des droits et des chances de chacun, à travers l'accessibilité des transports, de la voirie et des bâtiments. "De plus en plus de gens vivent en ville : autant la rendre vivable. Pour cela, il faut que l'espace public ne soit pas agressif", précise aujourd'hui le maire, membre du parti social démocrate, le Bloque Nacionalista Galego (BNG).

Une agglomération sclérosée


A la fin des années 90, Pontevreda était sclérosée par le trafic routier. Plus de 27 000 voitures transitaient chaque jour par la place de l'Espagne, située au cœur du centre historique. Se déplacer à pied relevait d'un véritable cauchemar entre le bruit, la pollution, les risques de se faire renverser, l'impossibilité d'utiliser les trottoirs devenus des espaces de stationnement. "La vieille ville n'était pas préparée à ce trafic. Les piétons fuyaient, les cyclistes avaient disparu et le centre se désertifiait. La ville était devenue un "dépotoir" de voitures". Or pour ce médecin, la marche est le mode le plus naturel pour se déplacer sur des distances inférieures à 3 km. C'est aussi un moyen pour lutter contre l'obésité et les problèmes cardio-vasculaires. "La mobilité piétonne est un élément fondamental pour se déplacer. Ce n'est pas un mode complémentaire", insiste-t-il.

Modèle social


A Pontevedra, cette politique plaçant l'individu au cœur des préoccupations relève d'un modèle social. "L'espace public appartient à tout le monde. Quand on marche, nous sommes tous égaux". Aussi, pour accroître la qualité de vie, des travaux colossaux ont été entrepris pour rendre la ville aux piétons. Le transit en centre-ville a tout d'abord été interdit. Son accès a été néanmoins maintenu, mais fortement restreint pour les véhicules motorisés. Des boucles de circulation ont été mises en place, tandis que la limitation de vitesse a été fixée à 20 et 30 km/h. Enfin, la durée de stationnement a été limitée à 15 et 30 minutes afin de ne pas pénaliser l'activité économique.

Des PV à 200 euros


Par ailleurs, le stationnement en voirie a été supprimé au profit de parkings souterrains (payants) et de parcs de dissuasion (gratuits) situés au maximum à une dizaine de minutes à pied de l'hyper centre. Au total, la ville dispose d'une capacité de stationnement supérieure à 13 000 places. Pour faire respecter ces nouvelles règles, le nombre de policiers municipaux a été renforcé, à la fois pour sanctionner, mais aussi pour expliquer le nouveau concept de mobilité. 

"Faire respecter la loi est fondamental", assure le maire. Ainsi, tout stationnement "sauvage" est sanctionné par un PV à 200 euros (montant fixé par l'Etat espagnol). Une somme réduite à 100 euros, si acquittée immédiatement. Pour accroître le taux d'encaissement des PV, les policiers ont été dotés de PDA (personal digital assistant), ne laissant aucune possibilité de faire "sauter" les amendes. "Nous avons un taux de recouvrement de 96%", indique Daniel Macenlle Diaz, chef de la police municipale. De l’argent qui "tombe" dans les caisses de la municipalité.

Courage politique


Parallèlement à ce nouveau plan de circulation et de stationnement, l'espace public a été entièrement requalifié. Dans l'hyper centre, les trottoirs ont été supprimés au profit d'une voirie sans obstacle urbain. Par ailleurs, des bancs ont été installés, l'éclairage a été amélioré, des espaces végétalisés et des aires de jeux ont vu le jour. Dans les rues empruntées par les voitures, l'espace dédié aux piétons a été doublé. L'idée : que deux personnes avec des parapluies ouverts ou des poussettes puissent se croiser sans se gêner. 

La municipalité a également agi pour accroître l'attractivité économique. "J'ai passé un deal avec les habitants. Je leur dit que s'ils revenaient habiter en centre-ville ils trouveraient tous les commerces et les services de proximité dont ils ont besoin. Par ailleurs, je n'autorise aucune implantation de grandes surfaces en périphérie", explique le maire. "Pour réussir à améliorer la qualité de vie dans les villes, il suffit d'avoir la volonté et le courage politique".

Une ville humanisée


Cette réforme urbaine ne s'est pas faites sans mal. Notamment à cause des travaux qui ont mis la ville sens dessus dessous. "Nous n'avions pas le temps d'expérimenter notre concept", poursuit Cesar Mosqueira Lourenzo, conseiller en mobilité. "Si on récupère un espace public et que les piétons ne l'occupent pas aussitôt, la pression automobile revient aussitôt". 

Aussi, la première phase de travaux a concerné le centre historique. Une zone de 3,5 km² dans laquelle vivent 51 000 habitants. Celle-ci a par la suite été étendue. Aujourd'hui la ville compacte s'étend sur 4,5 km² et compte 65 000 habitants. " Pour inciter les gens à revenir vivre en ville, il fallait améliorer le cadre de vie, réduire la circulation et créer une ville humanisée. En agissant vite, nous avons stoppé l'étalement urbain". 

Ces efforts ont porté leur fruits puisqu'en 2013, le trafic a diminué de 69% dans la partie centrale et de 90% dans l'hyper centre. La pollution a pour sa part baissé de 61%. Le nombre d'accidents impliquant l'intervention de la police est passé de 1203 en 2000 à 484 en 2014. Quant aux déplacements, 70% sont effectués à pieds, 22% en voiture, 6% à vélo, 3% en transport public, organisés en périphérie du secteur piétonnier.

Metrominuto, le réseau piétonnier


Pour convaincre les habitants de se déplacer à pieds, une carte avec les distances et les temps de parcours a été éditée. Ce réseau piétonnier, appelé Metrominuto, a été imaginé sur le modèle d'un plan de métro. Par ailleurs, la municipalité a créé Pasominuto, un plan de déplacement plus particulièrement axé sur les effets bénéfiques de la marche sur la santé. Au travers de vingt itinéraires, cette carte précise le nombre de pas et de calories dépensées selon les distances parcourues. 

Enfin, un troisième support est en cours de production. Il s'agira d'une carte regroupant les itinéraires vélos dans un rayon de 20 km autour de la ville. "Selon l'OMS, il faudrait faire 10 000 pas par jour", rappelle le maire. Un message qui, même s'il a été entendu par une large majorité de ses administrés a encore du mal à passer auprès de certains. Néanmoins, si 10 à 15% de la population n'a pas accepté cette politique, Miguel Anxo Fernandez Lores a été réélu trois fois depuis 1999. Il brigue un cinquième mandat en 2015.

Christine Cabiron (à Pontevedra)

A lire le reportage complet dans le numéro d'octobre de Transport Public