Décidément l'Aquitaine a le goût des premières. Un peu plus de quatorze mois après avoir présenté officiellement le Régiolis d'Alstom, la région a célébré, ce 15 septembre 2014, l'arrivée de la première des vingt-quatre automotrices électriques à deux niveaux Regio 2N commandées à Bombardier. Les usagers du TER Aquitaine devront, toutefois, attendre le 15 décembre 2014, date d'entrée en vigueur du nouveau service annuel, pour commencer à l'emprunter sur Bordeaux-Arcachon. Composées de six caisses, ces rames de 81 mètres de longueur comportent 331 places assises dont 34 en 1ere classe.

Le voyage inaugural, effectué entre Bordeaux et Arcachon, précède de quelques jours l'autorisation de mise en service commercial (AMEC). Nationale, cette AMEC pourrait être effective le 26 septembre 2014, mais en unité simple seulement, soit une seule rame. En effet, il n'est pas encore certain que ces rames puissent circuler en UM3, soit trois automotrices accouplées ensemble, sur les trains les plus chargés du réseau aquitain. La date de délivrance de l'AMEC dans cette configuration n'est pas encore définie.

Des bonnes nouvelles...

Quatre des neuf régions qui ont commandé le Regio 2N à cent-cinquante-neuf exemplaires ont déjà été livrées. Il s'agit d'Aquitaine, Rhône-Alpes, Bretagne et Provence-Alpes-Côte-d'Azur. Deux autres Régions suivront prochainement : Nord-Pas-de-Calais et Centre. Ces six Régions se partageront les trente-sept rames produites à fin 2014. Les livraisons se poursuivront ensuite au rythme de cinq à six trains par mois.

Pour étendre son plan de charge qui s'achèvera en avril 2017, Bombardier compte beaucoup sur de nouvelles commandes, à commencer par celle de la Région Ile-de-France. Malgré la délibération en faveur de cette acquisition intervenue en décembre 2013, cette commande pour quarante-huit rames à huit caisses (110 mètres de long) n'a toujours pas été officialisée. Comme cela a été récemment le cas pour le Francilien, la livraison de ces automotrices prévues pour circuler sur Paris-Montereau et Paris-Montargis, permettra de prolonger la chaîne de production d'un an environ.

D'ici là, des levées d'options pourraient intervenir pour des rames supplémentaires émanant des Régions Aquitaine et Bretagne. La première détient, en effet, sept options qu'elle pourrait être tentée d'exercer dès 2015 comme le confirme Patrick du Fau de Lamothe, Conseiller régional Aquitaine en charge du TER et de l'intermodalité : "Nous étudions cette question très complexe notamment au regard de l'organisation du nouveau service annuel en 2017 lié à la mise en service de la ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux". Les Regio 2N pourraient profiter du trafic induit par la mise en service des nouvelles LGV.

Et des moins bonnes

Bombardier ne pourra pas compter, en revanche, sur les 13 Regio 2N (assorties de dix options) qu'aurait dû lui commander la Région Bourgogne. La réduction des dotations de l'Etat aux collectivités locales, le coût des nouvelles installations de maintenance de ce matériel ainsi que la fusion à venir avec la région Franche-Comté, expliquent cette décision qui va entraîner un manque à gagner de 160 millions d'euros pour le constructeur. En lieu et place de l'acquisition de ces rames à deux niveaux destinées à circuler sur Paris-Dijon-Lyon à partir de décembre 2016, la région Bourgogne privilégie, désormais, la rénovation des rames Corail existantes.

Si l'export constitue des possibilités de débouchés, notamment au regard de besoins potentiels existant dans des pays comme le Maroc, l'Italie et les Pays-Bas, il n'en demeure pas moins que cette perspective ne devrait pas se concrétiser avant deux ou trois ans. Si on inclut la cinquantaine de rames qui pourraient pourvoir aux besoins des trains Intercités, ce ne serait donc pas 860 rames tel que le prévoyait le contrat signé fin février 2010, mais plutôt 400 rames environ qui pourraient finalement être commercialisées et fabriquées par le constructeur sur son site de Crespin (Nord). 

Olivier Constant