Avec le Lyon-Turin et les projets de lignes à grande vitesse, la France pourrait être l'un des bénéficiaires majeurs des fonds issus du nouveau Mécanisme pour l'interconnexion en Europe (M.I.E.). En effet, elle est traversée par cinq des neuf corridors stratégiques définis par la Commission européenne dans le cadre de la réforme de sa politique en matière d'infrastructure de transport. Une réforme particulièrement volontariste puisque 26 milliards d'euros ont été alloués à la modernisation et à l'amélioration des infrastructure de transports en Europe pour la période 2014-2020. 

"Aujourd'hui nous mettons 11,9 milliards d'euros sur la table", a expliqué Matthieu Bertrand de la direction générale de la mobilité et des transports de la Commission européenne, lors d'une conférence de presse organisée à Paris le 10 septembre 2014. Des fonds destinés à éliminer les goulets d'étranglement, moderniser les infrastructures et rationaliser les échanges transfrontaliers. Un moyen également de relancer la croissance, créer de l'emploi et constituer un réseau de transport plus efficace.

"Des besoins énormes"

"Les besoins en matière d'infrastructures sont énormes et le transport est essentiel à l'économie européenne". De plus, les prévisions laissent penser que le transport de marchandises devrait croître en Europe de 80% d'ici 2050 et celui de voyageurs de plus de 50%. "Les infrastructures actuelles ne sont pas capables d'absorber cette hausse de trafic. Il faut donc les adapter". 

Plusieurs problèmes majeurs ont été identifiés. Parmi lesquels figurent les chaînons manquants, les différences de qualité et de disponibilité des infrastructures au sein et entre les Etats membres. Mais pas seulement : l'interopérabilité en matière de signalisation, d'électrification, de règles opérationnelles est loin d'être effective. "Peu d'investissements portent sur l'intermodalité. Bon nombres de terminaux de fret, de gares de voyageurs, de ports intérieurs, de ports maritimes, d'aéroports et de nœuds urbains ne sont pas encore prêts", a rappelé Matthieu Bertrand.

Priorité aux transports

Face à cela, Bruxelles n'a pas lésiné sur les moyens. La Commission européenne a triplé les fonds consacrés aux transports (8 milliards entre 2007 et 2013). "Les transports sont la grande priorité et les grands vainqueurs des négociations budgétaires. Le nouveau M.I.E constitue le plus gros fonds jamais mis en place dans l'union européenne pour les infrastructures de transport", insiste Matthieu Bertrand.. 

Dans ce domaine, le nouveau cap, adopté par le parlement en décembre 2013, consiste à créer un réseau central qui connectera les pays grâce à neuf corridors multimodaux. Ce réseau central baptisé RTE-T (Réseau de Transport Trans-Européen), qui devrait être mis en œuvre en 2030, sera alimenté par un réseau capillaire qui se développera d'ici 2050 au niveau régional et national. "L'objectif est de garantir que la grande majorité des entreprises et des citoyens européens ne soient pas à plus de 30 minutes de ce vaste réseau d'ici 2050".

Appel aux capitaux privés

Pour accélérer la réalisation des projets menés par chaque pays membres, Bruxelles va donc mettre la main à la poche. Pour cela, la Commission européenne lance un premier appel à propositions le 11 septembre 2014 avec à la clef 11,9 milliards d'euros pour les pays de la cohésion. Concrètement, les Etats devront déposer un dossier de candidature avant le 25 février 2015. Pour les projets ferroviaires, le montant des subventions variera de 20% à 40% du coût. 

Les premières subventions seront débloquées en deux temps : lors de l'été et à l'automne 2015. "Le financement prendra la forme de subventions, mais aussi de capitaux privés. En effet, nous souhaitons attirer de nouveaux financeurs". Pour sécuriser les projets et rassurer les investisseurs, l'union européenne émet une garantie via la Banque européenne d'investissement (BEI). "Ce système de financement a été testé à partir de 2012 dans cinq pays et a permis de financer deux projets dans les transports, deux dans le domaine de l'énergie et un dans le secteur des technologies numériques. L'outil fonctionne bien et il faut passer à la vitesse supérieure".

Bien "ficeler" les projets

Les projets retenus devront avoir un lien direct avec le réseau central européen et porteront exclusivement sur des infrastructures ferroviaires "lourdes". Pas question donc pour Bruxelles de financer avec ces fonds des lignes de tramway transfrontalières. "Nous ne sommes pas là pour nous substituer aux autorités locales ou régionales", a précisé Matthieu Bertrand. 

Par contre, des projets comme le CDG Express, dont l'objectif est de relier à Paris la gare de l'Est à l'aéroport de Roissy pourraient éventuellement être éligibles au M.I.E. "Nous souhaitons que les projets qui nous seront présentés soient bien avancés et que les travaux sont programmés dans des délais raisonnables, de sorte que les fonds européens soient utilisés rapidement. Si ce n'est pas le cas, ils vaut mieux attendre les deux appels à propositions suivants". Ces derniers devraient avoir lieu en 2015 et 2016 et assortis d'une enveloppe budgétaire de 14 millions d'euros.