“Ton bilan sera ma feuille de route“. C’est ainsi qu’Alain Vidalies, le nouveau secrétaire d’Etat aux Transports, a rendu hommage à son prédécesseur Frédéric Cuvillier lors de la cérémonie de passation de pouvoir organisée le 27 août 2014.

Après deux ans et demi passés boulevard Saint Germain, une période relativement longue à ce type de poste, que retiendra-t-on justement de l’action de Frédéric Cuvillier à la tête des Transports qu’on surnomme souvent le ministère “des grèves et des accidents “ (avec Sea France, la SNCM, Mory Ducros, les conflits des cheminots, les déraillements de Brétigny-sur-Orge et autres accidents de cars, ils furent nombreux ) ?

Des dossiers déminés

A son principal actif, il laisse une réforme ferroviaire défendue mordicus au Parlement et qui portera peut-être son nom. “Vitale, elle a été votée dans des conditions très difficiles“, a souligné Ségolène Royal, la ministre de tutelle qui reste en poste à l’Ecologie.

Le regard humide à la fin d’une cérémonie de passation de pouvoir où certains de ses ex-conseillers avaient eux-mêmes la larme à l’œil, l’ex-secrétaire d’Etat aux Transports s’est fait fort d’élargir son bilan à d’autres avancées. “J’ai relancé des projets qui étaient enlisés comme le projet CDG express ou le canal Seine-Nord Europe après l’échec de son financement en PPP.“ Reformaté à la baisse, le projet dépend encore de la capacité des collectivités à réunir le financement prévu.

Deux ans de perdu

Autres réalisations, la future bretelle d’autoroute ferroviaire qui doit desservir Calais et le tunnel sous la Manche ou encore l’habile et délicat détricottage du programme du SNIT (1) confié à la commission Duron.

Le maire de Boulogne-sur-Mer n’a pas occulté ses échecs à l’hôtel de Roquelaure. “Mon grand regret concerne le financement des infrastructures, un dossier sur lequel nous avons perdu deux ans et qui va avoir des conséquences sur l’emploi dans les travaux publics“, a-t-il confié. Une allusion évidemment au péage de transit poids lourds (ex-écotaxe) à l’horizon terriblement incertain, dont le sujet a été complètement passé sous silence par les trois ministres.

“Ce n’était pas le moment d’évoquer la taxe poids lourds “, a-t-il expliqué en substance. On sait que le dossier a été un sujet de divergence profonde entre lui et Ségolène Royal. Toujours est-il que dans les deux ans qui ont précédé l’arrivée de celle-ci, Frédéric Cuvillier n’est pas parvenu à démêler ce sac de nœud.

Seule certitude, la relance ou l'enterrement du péage de transit poids lourds (avec le trou consécutif pour les finances de l'Etat et les difficultés à lancer les projet de TCSP (2)) ainsi que le très probable redressement judiciaire de la SNCM, filiale de Transdev, constituent les deux patates chaudes, sinon bombes à retardement dont hérite Alain Vidalies.

Le rêve d'un grand ministère

Autre regret de Frédéric Cuvillier, celui de n’avoir pas réussi à obtenir un ministère aux compétences plus larges. Ex-ministre des Transports, de la Mer et de la Pêche de Jean-Marc Ayrault, rétrogradé secrétaire d’Etat dans le gouvernement Valls, Frédéric Cuvillier s’est démené en vain pour récupérer tous les services liés à la Mer et à la Pêche dispersés dans d’autres ministères (Intérieur, Agriculture).
Au delà, il aurait voulu reconstituer “ce qu’était le ministère de l’Equipement et des Transports avec des moyens à la hauteur pour agir sur la vie quotidienne des gens“. C’est officiellement la raison de son départ expliquée dans un communiqué publié juste avant l’annonce de la composition du gouvernement Valls 2.

Mais, le maire de Boulogne-sur-Mer nourrit, aussi, des ambitions dans la perspective des régionales et de la future région Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

Et de conclure ses adieux par cette formule paradoxale : “Je voudrais dire au monde du Transport que je ne pars pas.“ Décryptage : avec une liberté de parole retrouvée, l’ex-ministre entend s’exprimer sur les sujets qu’il maîtrise maintenant très bien.

Marc Fressoz

(1) SNIT : Schéma national des infrastructures de Transport

(2) TCSP : transports collectifs en site propre