Un peu comme le dossier écotaxe, mais avec bien moins d'enjeux politiques et financiers, Frédéric Cuvillier avait hérité de celui du vélo. Peu de temps avant de lui laisser les clés de l'hôtel de Roquelaure en 2012, son prédécesseur Thierry Mariani avait en effet annoncé un plan vélo national visant à encourager ce mode de déplacement en ville, notamment pour les trajets domicile-travail.

L'actuel ministre des Transports a fini par dévoiler le 5 mars 2014 les 25 mesures du nouveau plan d'action en faveur du vélo et de la marche à pied (parce que c'est bon pour la santé et donc pour le trou de la sécurité sociale). Objectif, faciliter la cohabitation avec les voitures en ville, et inciter les Français à enfourcher leur bicyclette sur le chemin du bureau.

"Nous avons au plan national un retard considérable par rapport à nos voisins européens", juge Frédéric Cuvillier. Son plan prévoit l'expérimentation d'une "indemnité kilométrique vélo" avec des entreprises volontaires. Reste à les convaincre..."A Nantes et Strasbourg, les présidents de métropoles se proposent de nous soumettre des noms d'entreprises qui seraient partantes, assure le ministre. L'Oréal le serait, selon l'un de ses conseillers techniques. Ce serait une une bonne contrepartie au pacte de responsabilité que leur a proposé François Hollande...

Cherche entreprises volontaires

Cette indemnité (qui existe déjà en Belgique) de 25 centimes par kilomètre serait versée par l'entreprise. L'impact économique de cette mesure sera évaluée par l'Ademe. Selon les chiffres fournis par les conseillers techniques du ministère, la distance moyenne en ville entre le lieu d'habitation et de travail représente 6 à 7 km par jour. A l'année, les 1 400 kilomètres ainsi parcourus rapporteraient donc 350 euros au cycliste, à peu près l'équivalent du remboursement des cartes d'abonnement aux transports en commun.

Une généralisation de cette mesure entraînerait un manque à gagner de 110 millions d'euros pour les comptes sociaux, qui serait largement compensé selon le ministère des Transports grâce à ses effets bénéfiques, en particulier sur la santé.

Autres mesures envisagées dans le plan vélo :

  • La généralisation du double-sens cyclable dans les rues où la vitesse est limitée à 30km/h. C'est une vieille revendication du Club des villes et territoires cyclables pour qui ces premières mesures "constituent les fondations d'une stratégie nationale et invitent à aller plus avant",
  • interdiction pour les automobilistes de s'arrêter ou de stationner à 5 mètres en amont du passage piéton, hors des places aménagées,
  • l'autorisation pour les automobilistes de chevaucher une ligne blanche continue afin de dépasser les vélos si la visibilité le permet,
  • se garer sur une piste cyclable sera en revanche plus sévèrement puni, par une amende de 135 euros contre 35 euros actuellement,
  • les objectifs de création de places sécurisées de stationnements pour vélos d'ici à 2020 seront fixés pour chaque grande gare en fonction de la fréquentation,
  • possibilité de monter à bord des TER avec son vélo au moins dans deux trains par sens et par jour, et cette possibilité sera clairement indiquée dans la réservation en ligne de la SNCF.

Pour la Fédération des usagers de la bicyclette (Fub) qui "se félicite de ces premières mesures, ce chantier national doit être poursuivi et être doté de moyens financiers conséquents". On estime que 3 millions de Français utilisent le vélo en tant que mode de déplacement quotidien, et que 17 millions en font au moins une fois par semaine (déplacements quotidiens et loisirs).

Nathalie Arensonas