Guillaume Pepy l'avait lâché lors de ses vœux à la presse le 21 janvier, les résultats financiers 2013 le confirment : pour la première fois depuis 2009, le groupe SNCF passe dans le rouge avec un résultat net négatif (-180 millions d'euros) à cause de la dépréciation comptable des actifs TGV (une perte de valeur de 1,4 milliard d'euros sur ce matériel roulant). La dette est stabilisée sous les 7,5 milliards d'euros.

"Il y aura un résultat exceptionnel négatif qui viendra en déduction du résultat de l'année", avait annoncé le président de la SNCF faisant état d'un résultat net récurrent qui lui, est positif à 582 millions d'euros.

Le chiffre d'affaires du groupe est de 32,2 milliards d'euros (à périmètre et changes constants), en légère progression de 0,5% par rapport à 2012, "un résultat excellent dans le contexte économique extrêmement dur", juge t-on à la SNCF qui réalise une marge opérationnelle de 2,8 milliards d'euros.

Une prouesse en effet, compte tenu du recul de l'activité fret et logistique (-1,8% pour SNCF Geodis à 9,1 milliards d'euros) et de la baisse générale des trafics voyageurs sur les lignes SNCF : à commencer par celles du TGV (- 0,7%) qui s'explique par le repli des voyages d'affaires, la mauvaise météo du printemps 2013, les vols aériens low cost, et le développement du covoiturage (selon l'Ipsos, 21% des Français de 16 à 64 ans ont covoituré au moins une fois en 2013, soit, huit millions de personnes selon nos calculs).


Le TGV en berne, SNCF Infra en forme

Recul du trafic TGV donc, mais surtout du chiffre d'affaires de la branche Voyages (TGV, iDTGV, Thalys, Lyria) qui diminue du double : -1,4% à 6,83 milliards d'euros alors que c'était la vache à lait de la SNCF. "La progression des activités européennes (Lyria pour la Suisse, Gala pour l'Espagne et Alleo pour l'Allemagne, NDLR) compense partiellement le repli de la clientèle affaires et les effets de la concurrence du covoiturage sur le marché français", indique la SNCF dans un communiqué.

En cause, la dégringolade de la marge opérationnelle des TGV liée à la hausse des péages de sillons appliquée par Réseau ferré de France (RFF) : +5,8% en 2013, et ça va continuer en 2014 avec une nouvelle augmentation d'environ 4%, le régulateur ferroviaire ayant rejeté la hausse de 4,8%.
L'augmentation des péages pèse à hauteur d'environ 100 millions d'euros par an sur les charges des TGV, calcule la direction de la SNCF. Guillaume Pepy veut donc "produire moins cher, et appliquer les méthodes industrielles au chemin de fer". Ouigo est l'un de ses laboratoires. 

RFF justifie cette inflation continue des péages depuis 2007 par l'énorme programme de modernisation et de renouvellement des voies (1 000 kilomètres par an) pour remettre d'équerre les infrastructures ferroviaires, notamment en Ile-de-France qui en a bien besoin.

Ce qui bénéficie à la SNCF puisque le chiffre d'affaires de sa branche Infra (qui réalise les travaux pour le compte de RFF) est en  croissance de 4,2% à plus de 5,5 milliards d'euros. La dépréciation des rames TGV est d'ailleurs un peu atténuée par la reprise de perte de valeur des actifs de SNCF Infra (546 millions d'euros) dont l'activité reprend des couleurs depuis deux ans.


Concurrence du covoiturage

Croissance modérée en revanche pour SNCF Proximités (Transilien, TER, Intercités, Keolis) avec un chiffre d'affaires en progression de 1,1% seulement (on est loin des +10% en 2011) à près de 12 milliards d'euros. En cause, le tassement des trafics sur ces lignes de transport du quotidien que la SNCF explique par le repli de la mobilité des Français liée à la crise économique. Sur le réseau Transilien, le trafic baisse de 1,4%, idem sur les lignes TER.

Et il plonge de 3,9% sur les lignes Intercités. "A cause du réajustement de l'offre avec la mise en service de la ligne à grande vitesse Rhin-Rhône", explique la SNCF. C'est peut-être aussi l'effet covoiturage, mais pas vraiment l'effet iDBUS, ces lignes d'autocars interrégionales (en cabotage) lancées en juillet 2012 qui ont transporté à peine 400 000 voyageurs. La SNCF tait pudiquement les résultats de cette nouvelle activité mais les pertes frôleraient les 15 millions d'euros pour la première année d'exploitation.

De son côté, Keolis tire son épingle du jeu avec une croissance de 2,4%, même si la filiale transport public de la SNCF qui exploite des réseaux urbains, interurbains et ferroviaires en France et à l'étranger, marque aussi le pas par rapport à 2012 lorsque son chiffre d'affaires progressait de près de 8%. Le contrat des RER de Boston qui doit démarrer en 2014 (2,68 milliards de dollars sur huit ans) devrait recharger les batteries de Keolis qui réalise la moitié de son chiffre d'affaires à l'international.


Centres commerciaux

Gares & Connexions qui gère 3 000 gares et haltes ferroviaires est en pleine forme avec un chiffre d'affaires de + 8,5% à près de 1,2 milliard d'euros, qui s'explique pour un quart par "le développement des loyers des surfaces commerciales en gare". La gare Saint-Lazare devenue un véritable centre commercial en est le parfait exemple.

Pour 2014, la SNCF voit dans l'environnement économique "des signes de reprise modérée" et table sur un chiffre d'affaires en croissance de plus de 2% grâce à SNCF Infra et à Keolis, qui devrait remporter des contrats à l'étranger (la filiale est notamment sur les rangs pour le méga-contrat Crossrail à Londres : 1,2 milliard d'euros).
Même si les financements publics sont "toujours plus contraints" observe le groupe. Euphémisme pour dire que les régions, autorités organisatrices des TER et étranglées financièrement, tirent sur le prix ou du moins, en veulent pour leur argent dans les conventions passées avec l'opérateur historique.

Les récentes montées au créneau de la Lorraine qui demande des comptes à la SNCF, de Midi Pyrénées qui suspend ses paiements ou de Paca dont le président Michel Vauzelle conteste la suppression de 60 trains quotidiens, montre combien les relations sont tendues entre la SNCF et ses donneurs d'ordre publics. Guillaume Pepy a beau promettre un "nouveau modèle TER", les élus sont à cran.

Keolis de son côté, est prié de réaliser plus de marge opérationnelle, c'est à dire de meilleures performances économiques, donc de meilleures marges et ce n'est qu'à l'international que cela est possible. La filiale doit présenter ses résultats le 6 mars.

Nathalie Arensonas