"Ouvrir une ligne, même courte d’un petit kilomètre, est un évènement si rare de nos jours que nous ne pouvons qu’en être fiers", a lancé Michel Vauzelle, président de Provence Alpes Côte d’Azur, lors de l’inauguration de la "virgule" avignonnaise, le 27 janvier.

"Nous comblons tout simplement un vide en organisant enfin le lien entre le TER et le réseau national à grande vitesse". Ce trait d’union ferroviaire de quatre kilomètres - dont un de voie nouvelle - a profondément changé la donne en matière de déplacement.

Depuis la mise en service du TGV Méditerranée, en 2002, la gare TGV construite au milieu des champs, n’était accessible que par la route. Or, avec trois millions de passagers et un trafic qui progresse de 2 à 3% par an, cette gare est depuis le 15 décembre 2013 connectée au réseau ferré régional et interrégional. Depuis cette date, les deux gares sont reliées en cinq minutes, à raison de 35 aller-retours quotidiens.

 

37,25 millions pour 4 km

La construction de cette virgule ferroviaire était inscrite au contrat de plan Etat/Région 2007/2013. Un projet chiffré à 37,25 millions d’euros cofinancés par l’Etat, PACA, le département du Vaucluse, les communautés d’agglomération du Grand Avignon et du Ventoux Comtat Venaissin, les communautés de communes Les Sorgues du Comtat et des Pays du Rhône et Ouvèze.

"Le caractère exceptionnel de cette opération repose sur le financement pris en charge à hauteur de 20% par quatre intercommunalités", a relevé Marie-Josée Roig. Selon la présidente du Grand Avignon, "Cela dénote notre capacité à unir nos moyens et nos efforts pour mener à bien de grands projets dans l’objectif de développer de façon cohérente l’attractivité de nos territoires".
En effet, outre l’amélioration des déplacements, cette liaison ferroviaire contribuera également au développement démographique et économique du Vaucluse, du Gard et du nord des Bouches du Rhône.

 

TGV et TER ne font qu’un

Le projet a été mené tambour battant en deux ans et demi. "Nous avons respecté les délais de réalisation et l’enveloppe budgétaire", insiste Jacques Frossard, directeur régional de Réseau ferré de France (RFF). Une prouesse au regard du contexte et des caractéristiques techniques de cette ligne, construite entre la LGV et la ligne du Paris Lyon Méditerranée (PLM). "Le chantier s’est déroulé au milieu de voies dont le trafic n’a pas été suspendu pendant deux ans et demi". Avec des riverains "pas toujours conciliants".

Techniquement, RFF a dû construire un pont-rail, une tranchée ouverte de 400 mètres, un tunnel de 60 mètres, un remblai de 22 000 m3 contre la voie LGV,  et gérer un énorme dénivelé. Dans la gare TGV, Gares & Connexions a aménagé un nouveau terminal doté avec deux voies TER accolées à celle du TGV. Pour faciliter les correspondances de quai à quai. "C’est la première gare nouvelle en Provence où TER et TGV ne font qu’un", note Philippe Bru, directeur régional SNCF.

 

Virgule et points de suspension

Cette nouvelle liaison préfigure la réouverture de la ligne Avignon-Carpentras. Fermée aux voyageurs depuis 1938, elle était jusqu’à présent uniquement consacrée au fret. "Cette virgule gomme non seulement les points de suspension laissés lors de l’arrivée du TGV à Avignon, mais donnera surtout un nouvel élan aux transports collectifs. C'est la concrétisation du transfert modal", selon Philippe Bru.

Fin 2014, une desserte TER sera proposée toutes les 30 minutes en heure de pointe, avec un temps de parcours de 30 minutes entre Avignon centre et Carpentras, et toutes les 38 minutes entre Carpentras et Avignon TGV. Un axe où l’urbanisation est galopante avec 180 000 habitants et 85 000 emplois.
La réouverture de cette ligne, dont le coût s’élève à près de 80 millions d'euros (hors aménagement des gares) sera une alternative à la route, notamment sur la RD 942 qui enregistre un trafic de 77 000 véhicules quotidiens.

Pour inciter les automobilistes d'abandonner le volant de leur voiture, deux pôles d’échanges multimodaux sont en cours de construction à Sorgues, Entraigues, Monteux et Carpentras. "Grâce à cette nouvelle voie ferrée, ce sont entre 4 500 et 5 000 personnes qui éviteront les embouteillages, le stress, les retards au travail", croit Michel Vauzelle.

Christine Cabiron La suivre sur Twitter