La solution pour décoincer l'imbroglio technico-financier du CDG Express, ce projet de desserte dédiée et directe en quinze minutes entre Paris et son aéroport international, serait un simple jeu de saute-mouton, défend l'Association des usagers des transports d'Ile-de-France (AUT).
Son vice-président, Yves Boutry, présentait le 16 décembre devant la presse une contre-proposition a priori pragmatique "et cinq à six fois moins cher" que CDG Express estimé par les experts à près de deux milliards d'euros.

Plutôt que de faire circuler des trains entre Paris Gare de l'Est et Roissy-CDG sur une voie dédiée, l'idée consiste à insérer des trains directs sur la ligne B du RER au départ de la Gare du Nord, et grâce à un "saute-mouton" à Aulnay sous-Bois, ils passeraient au-dessus de la voie du RER B (en pointillé vert sur la carte ci-contre agrandissable) pour ne pas géner la circulation vers Mitry (en bleu sur la carte).
La liaison décrirait une boucle depuis Aulnay-sous-Bois pour desservir CDG1 et 2, puis reviendrait s'insérer dans la circulation entre Aulnay et gare du Nord.

Avantage selon l'association d'usagers, cette branche du RER B (entre gare du Nord et Aulnay) est moins chargée avec des trains toutes les six minutes : on pourrait donc y intercaler des rames directes vers Roissy-CDG, toutes les 20 ou 30 minutes.
Au lieu de faire partir les trains directs vers l'aéroport depuis la gare de l'Est "pas formidablement reliée aux réseaux de transports parisiens, notamment aux RER", juge l'AUT, ils partiraient tous de la gare du Nord. Ce qui contradirait la Déclaration d'utilité publique du projet CDG Express. Lequel est au point mort.


"500 millions au lieu d'1,8 milliard d'euros"

Pour rappel, en heures creuses, il existe déjà des trains directs tous les quarts d'heure, entre gare du Nord et Roissy-CDG (28 AR quotidiens). La solution avancée par l'association d'usagers monte ces dessertes directes à 38 AR quotidiens, à raison d'un direct toutes les 30 minutes, mais toute la journée.

Problème, avec une desserte cadencée toute la journée vers et depuis Roissy, les 26 voies de la gare du Nord (+ 4 voies en souterrain) n'arriveraient pas à traiter ce surplus de circulation sans automatisation de la signalisation. Aujourd'hui, il part déjà 1,5 train par heure sur chaque voie, ça ne chôme pas.

Mais rien d'insurmontable selon Yves Boutry qui a fait un petit tour d'Europe : "Si on compare avec d'autres gares européennes similaires, notre projet tient la route : il part 2,5 trains par heure sur chacune des 16 voies de la gare de Zurich, et à Lille, il part 1,69 train pour 16 voies", compare le porte-parole de l'association d'usagers. Il a poussé son voyage d'observation jusqu'en Corée où l'A'Rex, une desserte de type RER, fait circuler cinq à sept trains omnibus par heure vers l'aéroport de Séoul.

Les travaux d'automatisation de la signalisation des voies de la gare du Nord sont estimés par l'AUT à "environ 300 millions d'euros". Ajouté au 300 millions d'euros du saute-mouton d'Aulnay, "cela fait moins cher que 1,8 milliard pour CDG Express en quinze minutes".
"Finalement, est-il bien nécessaire de mettre quinze minutes pour gagner l'aéroport (et Paris) tous les quarts d'heure, alors qu'on attend deux à trois heures son avion ?", s'interroge Yves Boutry. Pas faux... Mais quand on descend de l'avion, on est bien content de ne pas attendre une demie-heure son RER. Quinze minutes qui coûtent cher, mais surtout, l'actuel CDG Express est sur une voie de garage (lire l'encadré ci-dessous).

"Notre proposition ressemble au projet qui avait été exploré par la RATP en 2011", conclut l'association des usagers. Le Grand Paris Express avec son tronçon destiné à desservir Roissy a eu sa peau. Ce qui repousse la desserte directe de Roissy au-delà de 2020.

Nathalie Arensonas