Comme chaque année, l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP) livre les résultats de son enquête statistique réalisée auprès de plus de 140 réseaux de transport urbain de province, qu'elle complète avec les résultats de l'année en cours.

On y apprend que si la fréquentation dans les transports collectifs marque légèrement le pas en 2013 (+3,7% contre + 4% en 2012 ) avec près de 2,15 milliards de voyages, les trafics sont modestes après les années d'euphorie de 2000 à 2009, lorsque le secteur a connu une poussée de fréquentation de 25%. Malgré tout, les trafics résistent à la crise et ne passent pas dans le rouge.

"Alors que les motifs de déplacement ont toutes les raisons de se contracter du fait de la hausse du chômage et de la baisse du pouvoir d’achat, la fréquentation des transports publics continue d'augmenter", constate Stéphanie Lopes d’Azevedo, chargée de mission au sein du département affaires économiques et techniques de l’UTP.
Cette croissance se vérifie dans toutes les agglomérations, à peu près dans les mêmes proportions : +4,3% dans les villes de plus de 250 000 habitants, +3,4% dans les villes moyennes et +3,2% dans celles de moins de 100 000 habitants.


Nouveau plongeon du ratio recettes/dépenses

Plus de trafic signifie plus de recettes commerciales  : +3,1% en 2012, à plus de 1,2 million d'euros (même si l'UTP constate un glissement des voyages réalisés avec un titre de transport 'toute clientèle' vers des billets à tarification sociale).
Problème, les dépenses de fonctionnement progressent de 5,5%, plus vite que les recettes. Résultat, le "taux de couverture" (c'est-à-dire le ratio recettes/dépenses) poursuit sa dégringolage pour se situer à 31,5% en moyenne nationale. Perdant plus de deux points par rapport à 2011. Ce ratio est encore moins bon dans les villes de taille moyenne et dans les petites, il plafonne à 20,5%.

"Ce résultat est lié au tarissement des trois sources de financement : les recettes commerciales, le versement transport (taxe sur les entreprises de plus de 9 salariés situées dans le périmètre de transport urbain, NDLR) qui a peu de marges de progression à cause du chômage, et les budgets des collectivités locales de plus en plus contraints", commente la porte-parole de l'UTP.
Le ratio continue de baisser, sauf qu'il n’y a plus de relais de croissance pour financer les transports publics. La situation est extrêmement préoccupante", poursuit-elle.


Un secteur qui embauche

Autre indicateur plus positif celui-là, la poursuite des embauches. "Le transport public est une amortisseur de la crise économique. Avec 10% de chômeurs et 100 000 emplois détruits en 2012 en France, le secteur a créé 1 000 nouveaux postes", indique l'UTP dans son bilan annuel. Les recrutements ont progressé de +2,3%, soit un effectif de 50 581 salariés.

L'offre kilométrique a elle aussi progressé en 2012 : +2,8%. Une hausse plus particulièrement marquée dans les agglomérations de moins de 100 000 habitants, où les kilomètres produits ont augmenté de 5%. "Tout comme en 2011, ces villes veulent offrir une alternative crédible à la voiture avec des transports plus tard le soir, le samedi et pendant les petites vacances scolaires", commente Stéphanie Lopes d’Azevedo.


Retournement de la production

Mais sur les six premiers mois de l’année 2013, l'UTP constate un "retournement" de la production : l’offre kilométrique progresse dans les grandes villes, elle est stable dans les villes moyennes et recule dans les petites. "On peut se demander si l’extension des surfaces desservies n’a pas entraîné une dégradation de l’offre de transport dans les hyper-centres de ces agglomérations et découragé les nouveaux clients", s'interroge la fédération professionnelle.

D’où la décision de réduire l’offre en prévision d'un repli de la clientèle ? Cette stratégie se confirme au premier semestre 2013 puisque le trafic stagne à +0,3% dans les villes de moins de 100 000 habitants, contre +2,7% dans les grandes et +3,2% dans celles de taille moyenne qui  "capitalisent sur la montée en gamme de l’offre de transport (tramway, bus en site propre, NDLR), commente l'UTP.


Extension des surfaces desservies

Cette volonté s’est aussi accompagnée d’une explosion des territoires desservis : plus de 11% en 2012 à Moulins et Concarneau par exemple. Ou encore à Libourne qui a vu son périmètre desservi multiplié par vingt avec la création de Cali, la communauté d'agglomération du Libournais (34 communes, 70 000 habitants sur 456 km2). Sans que le nombre de voyages ne progresse proportionnellement.

L’extension des surfaces desservies par les transports publics se vérifie aussi dans les villes moyennes (+3,8%), et de façon encore plus marquée dans les grandes villes (+9,9%), à cause de la décision de Nice d’augmenter son périmètre de desserte de plus de 200% !  Et de faire passer le prix du billet à l'unité de 1 à 1,50 euro.
Ce qui a pour conséquence de booster le chiffre des recettes commerciales dans la catégorie des grands réseaux : +5,4%, contre +3,4% dans les réseaux moyens et +0,7% dans les petits.

Mais avec le passage de la TVA à 10% prévue au 1er janvier 2014, le taux de couverture ne va pas s'arranger : "Pour répercuter cette hausse de la fiscalité, il faudrait augmenter les tarifs de 3%, et de 4% si on ajoute l’inflation, pour maintenir le même niveau de recettes, calcule Stéphanie Lopes d'Avezedo.

Christine Cabiron (avec N.A)