Une œuvre d’art qui transporte des gens

Qu'importe, l'élu aubagnais n'en démord pas, la gratuité, c'est bon pour les transports publics. Stylisé par l’artiste contemporain Hervé di Rosa qui l'a maculé de "Renés", les personnages de sa série animée reconnaissables de loin avec leurs bouches rouges façon Rolling Stones, le "petit" tram bariolé circulera à partir de juillet 2014 sur près de trois kilomètres, et sur six kilomètres en 2016. Les élus espèrent le voir filer un jour à l'ouest, jusqu’aux portes de Marseille, "là où il y a de gros besoins de transports publics", estime le maire d’Aubagne.

Un contrat de 14 millions d’euros pour Alstom qui va livrer huit rames à la collectivité locale d'ici à juillet 2014, date de l'entrée en service commercial. Il n’y pas de petits marchés… mais le Français se mord les doigts d’avoir loupé le tram en 2011 quand le maire et président du Grand Besançon, Jean-Louis Fousseret (PS) a lancé un appel d’offres inédit : il voulait un tramway de petite taille pour la ville et son agglomération (180 000 hab) : il a commandé 19 rames de 22 mètres au concurrent espagnol CAF, qui en a vendu ensuite 12 autres à Nantes, mais plus longues (37 mètres).

Sûr de son fait avec sa gamme Citadis vendue à 1 500 exemplaires en France et dans le monde, Alstom Transport (5,6 milliards de chiffre d’affaires) n’avait rien de plus petit et de moins cher en catalogue. C’est donc CAF qui a remporté la mise en 2011 avec son "Urbos 3" qu'il assemble dans son usine de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées). Les premières rames sont déjà à l'essai pour une mise en service fin 2014. Un contrat de 35 millions d'euros pour le challenger d'Alstom.


"On n'était pas prêts pour Besançon"

"On n’était pas prêts pour répondre à cet appel d’offres, mais le projet de Besançon a été un accélérateur, il nous a fait prendre conscience d’un nouveau marché émergent pour les villes de taille moyenne", commente aujourd'hui Emmanuel Bois, directeur ventes agglomérations chez Alstom Transport.

Avec un prêt de 500 000 euros accordé par la région Poitou-Charentes, comme l’a rappelé sa présidente Ségolène Royal qui a conduit le tram sur une centaine de mètres sur la piste d’essai, Alstom a sorti un véhicule de la famille Citadis, mais redimensionné et truffé d’innovations, assure Jérôme Wallut.
"Je ne regrette pas, ça a marché, c’est bon pour les emplois locaux et nous serons remboursés !", a lancé l’ancienne candidate à la présidentielle, fustigeant au détour d’une phrase "les taxes punitives", entendons l’écotaxe poids lourds qui pourtant, devrait servir à financer les transports publics...

Grâce à cette avance d’argent public, Alstom Transport a mis le turbo sur sa R&D. En deux ans, le constructeur a sorti un tram compact doté d'un nouveau moteur à aimants permanents, plus léger, plus performant et moins gourmand en énergie; équipé de portes doubles dans les trois caisses pour améliorer la fluidité, d'un couloir de circulation très large pour le même impératif car un tram gratuit, ça risque d'attirer les foules.

Transdev qui exploite le réseau des transports d’Aubagne s’attend à 16 000 voyageurs/jour quand la ligne sera complète, en 2016. "Ce sera le réseau de tramway le plus petit de France et nous jouons sur la carte de la polyvalence de nos 120 salariés qui conduiront des bus et des tramways et seront capables d’assurer la maintenance des infrastructures comme du matériel roulant", explique Guillaume Aribaud, directeur du réseau. A petit tramway, petit budget de fonctionnement. "Non, budget approprié", corrige l'opérateur qui exploitera aussi le tramway compact de Besançon.

C’est certain, les villes de 100 000 habitants n’ont pas les moyens (ni les besoins) de s’équiper d’un tramway classique de 30 ou 40 mètres de long, qui coûte en moyenne 30 millions d’euros du kilomètre avec les aménagements urbains. Celui d’Aubagne  revient à 16 millions du kilomètre; même prix à Besançon.

Après Avignon qui a commandé 24 rames compactes à Alstom (un contrat de 45 millions d’euros que lui a disputé CAF avec un recours "pré-contractuel", lequel a été rejeté en juillet 2013), Caen, Amiens, et Pointe-à-Pitre sont porteurs de projets similaires.
Et pourquoi pas un bus à haut niveau des service (BHNS), ces bus qui font plus que les véhicules classiques et dont le design ressemble parfois furieusement à un tramway ? : "Parce que c’est un investissement à court terme, ça s’use, un tramway, c’est fait pour durer", répond Daniel Fontaine.

Pour Transdev qui a déjà encaissé la gestion parfois imprévisible des effets de la gratuité sur les flux de déplacements, il va falloir apprendre maintenant à exploiter un tramway de petite taille, sur un réseau de taille tout aussi modeste.