Suivre les déplacements des populations grâce à la localisation de leur smartphone... Depuis quelques années, les opérateurs mobiles proposent ce service aux transporteurs publics. Mais jusqu’alors, très peu d’informations avaient filtré sur ces offres reposant sur l’exploitation de données sensibles.
Les opérateurs mobiles préféraient ne pas trop s’étendre sur le sujet, car même si ces services sont basés sur des données "anonymisées", ils risquaient de déranger les Français particulièrement attachés à leurs données personnelles.


Le verrou saute

Le verrou a visiblement sauté chez Orange : lors d’une conférence le 7 novembre 2013 à Paris, son pdg Stéphane Richard a clairement évoqué les possibilités offertes par le suivi de population sur réseau mobile. L'ancien président de Veolia Transport (devenu Transdev) a donné en exemple l'exploitation de ces données dans le domaine des transports.

"Sur la carte de la ville de Marseille qui s’affiche dernière moi, vous pouvez voir des pics qui correspondent à des données de géolocalisation disponibles sur nos réseaux (…). La hauteur des pics évolue en fonction des flux de personnes durant la journée. Croisées avec la carte des transports en commun de Marseille, ces données qui forment notre empreinte collective sont une information essentielle pour les collectivités locales, les urbanistes et les spécialistes des transports, pour des projets d’aménagement du territoire, décrit Stéphane Richard. Dans la démarche qui est la nôtre, il s’agit de permettre l’exploitation des données dont nous disposons sur nos réseaux, dans un cadre sécurisé, anonyme et contrôlé. Leur potentiel est incroyable et quasi infini".


Une nouvelle offre mi-novembre, Flux Vision

Le patron d'Orange insiste beaucoup sur l’anonymisation des données, normal, c'est le point sensible de ce type d’offre. "Il n’est pas question d’utiliser vos données personnelles, comme le font certains services Internet dont la gratuité apparente masque une monétisation de ces données auprès de tiers. Notre modèle économique est fondé sur la facturation à nos clients et il le restera", martèle Stéphane Richard.

Ces services de suivi de flux de population par mobile font donc l’objet d’une déclaration auprès de la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés), indique-t-on chez Orange, en marge de la conférence.

Et il en sera de même pour une nouvelle offre b2b que compte lancer l’opérateur dans les prochains jours. Les déclarations de Stéphane Richard préparaient en effet le terrain pour la commercialisation de "Flux Vision". Cette solution de suivi de flux de population par mobile s’adresse aux "acteurs publics et privés opérant dans les domaines du transport et du tourisme", indique l’opérateur.
"Ses applications sont multiples, par exemple : le comptage de véhicules sur une portion routière, l’analyse de la fréquentation touristique d’une région, d’un événement culturel ou des zones de chalandise autour d’espaces commerciaux". Flux Vision devrait faire l’objet d’une présentation plus détaillée lors de son lancement, mi-novembre.

Améliorer la signalétique et anticiper les extensions de lignes

Comment les transporteurs utilisent ces services ? Comme le montre l'enquête à paraître dans le prochain numéro de Transport Public, ces données sur les flux de population remplacent avantageusement les enquêtes terrain pour suivre les déplacements des voyageurs.

"Nous utilisons ce type de service pour mieux comprendre les déplacements dans des centres intermodaux tels que des gares ou les aéroports, et pour adapter, par exemple, la signalétique", confie Keolis, la filiale de la SNCF spécialisée dans les transports urbains. Connaître les flux de déplacement de population sur une zone urbaine donnée, permet également de savoir où prolonger une ligne, explique-t-on chez Orange.

Christophe Guillemin Le suivre sur twitter