"A chaque catastrophe dans les transports, c'est toujours l'occasion de se réinterroger sur le système de sécurité", a commenté Guillaume Pepy, président de a SNCF, lors de la présentation du plan Vigirail le 8 octobre, aux côtés de Jacques Rapoport, son homologue chez Réseau ferré de France et de Pierre Izard, dirigeant de SNCF Infra, la filiale chargée de la maintenance des voies. 

Le timing est presque parfait... Trois jours avant, leur ministre de tutelle Frédéric Cuvillier, leur demandait dans un courrier rendu public par Les Echos "quelles dispositions vous avez prises, ou comptez prendre, pour vérifier la conformité de l'état des voies aux référentiels de sécurité, et les résultats de ces vérifications ?"
Il leur demande aussi de préciser "les mesures qu'ils jugent nécessaires (sur le plan technique financier, humain) pour maintenir le très haut niveau de sécurité du système ferroviaire". Mardi 8 novembre à 10h30, le ministre avait sa réponse.

Soit trois jours avant sa nouvelle présentation de la réforme ferroviaire, le 11 octobre dans un technicentre SNCF de Seine-Saint-Denis devant 600 cheminots et la presse. Cinq jours après, le 16 octobre, Frédéric Cuvillier déposera son projet de loi en conseil des ministres.

500 aiguillages renouvelés par an


SNCF et Réseau ferré de France (RFF) ont donc annoncé devant la presse, au nouveau siège de la SNCF à Saint-Denis, un investissement de 410 millions d'euros sur la période 2014-2017 pour renforcer la sécurité des aiguillages et du réseau. Réponse au déraillement du train Paris-Limoges, le 12 juillet à Brétigny-sur-Orge.
Ce plan baptisé "Vigirail" va avaler 350 millions d'euros de RFF qui y consacrera une partie de son budget d'investissement, lequel s'élève à 5,5 milliards d'euros. De son côté, la SNCF, via sa branche SNCF Infra, va y injecter 60 millions d'euros.

Cinq cents aiguillages devraient être renouvelés tous les ans au lieu de 300 aujourd'hui. La technologie de vérification des postes d'aiguillages sera améliorée avec trois trains automatisés, les trains "Surveille" qui roulent à 60 km/h pour détecter et interpréter les anomalies "grâce à des logiciels avancés" venus des Pays-Bas; enregistrements vidéos à l'appui.

Par ailleurs, les agents de maintenance seront, enfin, équipés de tablettes et autres PDA connectés pour faire le relevé des équipements de voies, et relayer directement les informations. L'objectif est "d'industraliser les process de maintenance", indiquent les patrons du rail français. Et, surtout de les moderniser avec une traçabilité des opérations.
Sur le plan humain, 2 000 recrutements ont été menés au sein de SNCF Infra en 2013, contre une moyenne annuelle inférieure à 1 000 pour la décennie précédente. "La sécurité n'est pas négociable. Elle ne fait et ne fera l'objet d'aucune économie humaine", a insisté Guillaume Pepy, réagissant à des reproches de la CGT Cheminots qui accuse l'entreprise de rogner sur les effectifs dédiés à la maintenance.

Enfin, une plateforme "Alerte express" sera mise en place pour recevoir et traiter les anomalies signalées par les agents et clients, et les référentiels de maintenance seront simplifiés. Un site web, un standard téléphonique ? Les modalités restent à définir.

"Le fil rouge est d'accélérer la modernisation technologique", a commenté Jacques Rapoport. Dans les années qui viennent, nos pratiques de maintenance vont radicalement évoluer", a ajouté le responsable de RFF, le gestionnaire des infrastructures qui pourrait être fusionné de nouveau avec la SNCF dans le cadre de la réforme ferroviaire.
Nathalie Arensonas