Il est décidément bien difficile de venir concurrencer la SNCF, malgré les possibilités offertes depuis fin 2010 avec l'ouverture à la concurrence du trafic international ferroviaire de voyageurs.

La preuve ? Thello, filiale de Trenitalia ( 67%) et de Transdev (33%), seule entreprise ferroviaire à avoir franchi le pas, décide d'arrêter son train de nuit Paris-Rome en décembre 2013. Un an tout juste après son inauguration.

Les causes de cet arrêt sont multiples : la mauvaise qualité de service liée au manque de sillons (les créneaux de circulation) ce qui a fini par détourner la clientèle. "Pour le service 2014, il nous manquait 85 jours de sillons", indique Albert Alday, le directeur général de Thello. Et peut-être aussi, la concurrence des compagnies aériennes low cost.


Paris-Venise via Milan

En revanche, l’entreprise ferroviaire maintient le Paris-Venise, son premier train lancé sur les rails fin 2011 et augmente le nombre de voitures et de voitures lits. Autre nouveauté, elle va rendre son offre tarifaire plus intégrée par rapport à celle de Trenitalia, sa maison mère.
Le Paris-Venise qui s’arrête à Milan permet une connection avec les trains à grande vitesse de Trenitalia, les Frecce qui desservent la Péninsule. C’est donc cette passerelle qu’il s’agit de favoriser avec des tarifs dédiés. Et pour Trenitalia, bousculée chez elle par la SNCF, il s'agit de regagner du terrain.

La SNCF a marqué des points

Sur le marché franco-italien, depuis la rupture de l'alliance entre Trenitalia et SNCF qui exploitaient des services ferroviaires communs sous la marque Artesia, la compagnie dirigée par Guillaume Pepy, tire mieux ses marrons du feu. Elle est en effet massivement présente en Italie grâce à ses trois TGV quotidiens entre Paris et Milan. Et a investi les routes avec ses autocars iDBUS entre Paris et Milan.

Depuis Milan, la SNCF bénéficie par ailleurs d’un relais avec la compagnie ferroviaire privée NTV (Nuovo Trasporto Viaggatori) dont elle détient 20%. Même si elle est dans un état financier très délicat, NTV se pose en concurrente frontale de Trenitalia sur le réseau à grande vitesse italien. Bref, la SNCF a marqué des points.

Mais le match n’est pas encore plié. Si Thello revoit à la baisse son offre nocturne, la compagnie maintient ses projets de développement avec des liaisons de jour : elle travaille toujours au lancement d’une liaison entre Milan et Marseille via Vintimille.
Le problème est que les deux actionnaires de Thello - Trenitalia et Transdev - ne partagent pas forcément la même vision sur le rythme à tenir : d'un côté, Transdev veut faire la démonstration auprès des collectivités locales qu'elle peut offrir une offre alternative aux trains de jour de la SNCF (même si le marché des lignes ferroviaires intérieures n'est pas encore libéralisé, les régions peuvent expérimenter la concurrence; mais aucune ne s'y est encore risqué). De l'autre, Trenitalia est moins volontariste.


Le gendarme du rail conforte Thello

L’échéance possible est au mieux l’été 2014, mais les obstacles sont légion. Thello doit tout d'abord obtenir tous les agréments nécessaires (comme le certificat de sécurité). Ensuite, le transporteur doit lever les réticences pour pouvoir caboter en France, c’est-à-dire s'arrêter et prendre des passagers à Nice, notamment. 

Emue de l’impact éventuel de cette future liaison ferroviaire sur la fréquentation des TER côtiers qu’elle finance, la région PACA a en effet saisi l’Autorité de régulation des activités ferroviaires (Araf). Réuni le 8 octobre 2013, les membres du collège de l'Araf ont estimé que "le service envisagé par Thello entre Milan et Marseille ne porte pas atteinte à l'équilibre économique" des TER conventionnés par la région PACA.
En d'autres termes, le gendarme du rail ne s'oppose pas à ce que Thello embarque des passagers en gare de Menton, Nice, Antibes, Cannes, St Raphaël-Valescure, Les Arcs-Draguignan, Toulon jusqu'à Marseille-St Charles.

L'autre obstacle, et il est de taille, est économique et il vient de la SNCF. Sans attendre l’arrivée de Thello sur la Riviera (côte d’Azur et côte italienne), le groupe français a déjà ouvert une ligne iDBUS Marseille-Milan via Gênes (10 heures de trajet, 39 euros). Certes, les autocars de la SNCF n’effectuent pas d’arrêts intermédiaires en France, mais Thello est déjà sous pression tarifaire. "Cela rend d’autant plus difficile la rentabilisation d’une liaison ferroviaire", observe Pierre Cardo, le président de l'Araf

Marc Fressoz