Présenté il y a quelques années comme une petite révolution, la possibilité de payer et d'utiliser son titre de transport depuis un téléphone mobile a connu son heure de gloire en 2010. À l’époque, Nice lançait les premiers services commerciaux exploitant le système NFC (Near Field Communication).  

Cette technologie de communication radio à très courte portée - de l’ordre de quelques centimètres - permet à un smartphone d’échanger des données avec un autre périphérique. Dans le domaine des transports, le téléphone peut communiquer avec un valideur, il suffit de passer son smartphone à la surface du valideur pour être en règle. Le billet aura été préalablement acheté depuis le téléphone et stocké dans la mémoire de l’appareil. Un principe plutôt simple pour le voyageur qui permet de s’affranchir des fils d’attentes au guichet. Démarrage discret en FrancePour les transporteurs, le NFC ouvrirait un nouveau canal de vente, il augmenterait l’attractivité des services aux usagers, apte à séduire le jeune public.  Avec de tels atouts, on aurait pu s’attendre à un raz de marée du NFC en France. Il n’a pas eu lieu. L’exemple de Nice n’a pas fait d’émules, du moins jusqu’à ce printemps 2013. Coup sur coup, deux agglomérations, Caen et Strasbourg lancent en juin 2013 leur service NFC pour payer et valider les transports publics. Et fin 2013, Toulouse devrait également rejoindre la liste des villes connectées.

Le NFC revient donc en force, mais certains freins subsistent. Le premier d'entre eux était le manque de téléphones compatibles. Ce problème est aujourd’hui en passe d’être réglé. Tous les principaux constructeurs s’y sont mis, à l’exception notable d’Apple. Selon certaines rumeurs, le prochain iPhone 5S pourrait être compatible NFC. D’après l’Association Française du Sans Contact Mobile (AFSCM), il y aurait ainsi aujourd’hui 36 modèles de téléphones NFC disponibles en France et plus de trois millions de combinés déjà vendus. Et en 2014, la grande majorité des smartphones arrivant sur le marché seront compatibles.

Autre écueil, le manque de standardisation de l’ensemble des briques technologiques. La technologie NFC est bien standardisée. Mais ce n’était pas des solutions logicielles connexes, comme celles dédiées à l’achat des tickets et à leur validation. Selon l’AFSCM qui a réalisé ce travail de standardisation, c’est aujourd’hui chose faite. Si Nice n’a pas profité de ces standards, Caen ou Strasbourg ont pu en bénéficié. Les expériences de ces deux villes pourront servir à d’autres collectivités.

Quel business model ?Reste une dernière interrogation de taille et elle n'a pas encore trouvé de réponse : le NFC est-il vraiment avantageux pour le transporteur ? Une question soulevée par l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP) car pour les opérateurs de transport, l'avantage financier du NFC ne saute pas aux yeux. Le syndicat professionnel travaille depuis 2011 sur les leviers impactant l’équilibre économique des transports publics urbains, en association avec le Groupement des autorités organisatrices, le Gart.

Aujourd'hui, le business model est le suivant : le transporteur paye l’opérateur de téléphonie mobile qui lui fournit les terminaux, l'infrastructure, les systèmes de facturation, etc. Pour lSFR, Bouygues, Orange, et les autres, le NFC est donc une nouvelle source de revenus. Et pour les transporteurs ? Il faudra attendre que cette nouvelle solution technologique attire plus d’usagers pour que se développe les chiffres d’affaires. Interrogés par MobiliCités, aucun des responsables des projets NFC sur le réseau des transports de Caen et de Strasbourg n’ont été en mesure de dater un éventuel retour sur investissement. Ou de fournir des objectifs chiffrés sur le nombre d’utilisateurs potentiellement intéressés par leur service.Pourtant, l’investissement n’est pas négligeable. Le projet de Strasbourg  à couté un million d’euros, celui de Caen plus de 3,7 millions.

Perspectives revues à la baisse

Alors, avec si peu de visisibilité économique, pourquoi se lancer dans le NFC ? "La technologie est aujourd’hui mature et si nous attendons trop, nous risquons d’être en retard sur ce type de solution", explique Jean-Philippe Lally directeur général de la Compagnie des transports strasbourgeois. Eric Vève, président de Viacités à Caen estime pour sa part que "lLe NFC est l’avenir de la bureautique" et qu’il s’agit d’une "évolution inéluctable". Donc, autant être parmi les pionniers.

De l'avis de tous, le déploiement du NFC prendra du temps. Caen comme Strasbourg ne voient pas de large adhésion à cette technologie avant cinq ou dix ans. De son côté, l’institut d’études Gartner, spécialisé dans les nouvelles technologies, a récemment revu à la baisse ses pronostics sur le marché du NFC-> Lire l'étudeL'Institut américaib observe que la propagation du NFC va moins vite que et revoit les perspectives de développement d'ici à 2016 d'environ 40% au niveau mondial. Le NFC doit encore faire ses preuves.Christophe Guillemin