Lignes ferroviaires à grande vitesse, canal Seine-Nord, projets routiers et autoroutiers, programmes portuaires... Parce que l'Etat et les collectivités locales n'ont pas les moyens de mettre en œuvre les 245 milliards d'euros du Schéma national des infrastructures de transports - le Snit rêvé sous la présidence Sarkozy - l'actuel gouvernement a demandé à Philippe Duron, à la barre de l'Agence de financement des infrastructures de transport de France (Afitf) et député-maire PS de Caen, de faire le tri.

Un à un, les projets ont été décortiqués par la Commission Mobilité 21 qu'il préside pour être classés "suivant des critères pouvant résister à la critique".

Mise en place à l'automne 2012, cette commission (consulter la liste des membres) doit maintenant rendre son verdict, après une ultime réunion le 12 juin. "Nous cherchons encore la date avec Frédéric Cuvillier, mais ce sera avant fin juin", a indiqué Philippe Duron lors d'une audition devant la commission du développement durable de l'Assemblée nationale, le 5 juin. Audition demandée par les députés avant la publication du classement officiel des projets de transport. Car il va y avoir des morts...
Si chaque territoire, ou presque, réclame son TGV "qui a été un marqueur de modernité et d'attractivité des territoires face à la détérioration des trains Corail, ce n'est plus soutenable économiquement", a prévenu Philippe Duron.


Les intouchables et les autres

Comme il l'avait fait fin février devant la presse, il a détaillé devant les élus les critères d'évaluation (et d'éviction) qui ont servi à hiérarchiser les 70 dossiers du Snit. Le TGV Lyon-Turin qui fait l'objet d'un traité international entre la France et l'Italie est intouchable. Malgré la critique de la Cour des comptes, le coût prévisionel du projet étant passé, en euros courants, de 12 milliards en 2002 à 26,1 milliards en 2012.

Quant à ceux dont les travaux sont déjà lancés ou pour lesquels l'Etat s'est engagé dans le cadre de contrats de concession, de partenariat ou de marchés publics (LGV Le Mans-Rennes, Tours-Bordeaux, 3e phase de la LGV Est, contournement Nîmes-Montpellier) : intouchables également. C'est aussi le cas de l'aéroport Notre-Dame des Landes... "Avec beaucoup de regrets, nous n'avons pas abordé ce sujet", s'est amusé Philippe Duron lors de son audition.

"Et le canal Seine-Nord ?", s'est interrogé Stéphane Demilly, député UDI de la Somme. Le projet le plus emblématique du SNIT est sur la sellette. "Les travaux et des dépenses ont été engagés bien plus que pour Notre-Dame des Landes et dans un consensus autrement plus grand. Pourquoi une telle différence de traitement ?", a fustigé l'élu. Il faudrait convaincre Bruxelles de financer le Seine-Nord à hauteur de 30% ou 40%. Tout comme d'autres...
Les LGV Paris-Orléans- Clermont-Lyon (POCL) ou  Bordeaux-Toulouse qui n'en sont qu'au stade de la déclaration d'utilité publique, sont aussi sur la corde raide.
Les lus des grandes villes et collectivités d'Aquitaine l'ont bien compris : dans une lettre ouverte du 7 juin, ils demandent  audience au premier ministre pour défendre le Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Espagne (Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO) qui, selon eux, "pourrait subir un retard".


Il y a aura trois temporalités, a rappelé Philippe Duron : les projets retenus pour d'ici à 2030 et pour lequels "il faut accélérer les études": ceux de l'après 2030 pour lesquels "il faut poursuivre les études"... et ceux au-delà de 2050. Autant dire, repoussés aux calendes grecques.


Nathalie Arensonas


Pour voir la vidéo de l'audition de Philippe Duron à l'Assemblée,  suivre ce lien