A Genève comme à Berlin, Jean Bergé tient le même discours alarmiste. Lors d'une rencontre avec la presse à l'occasion du salon de l'UITP fin mai, le président de Bombardier Transport France a insisté sur "la situation qui pourrait devenir inquiétante si nous ne parvenons pas à obtenir de levées d’options pour l’ensemble des matériels que nous produisons actuellement à Crespin (l'usine située près de Valenciennes où travaillent 2 000 personnes, ndlr)".

A savoir le Francilien (photo ci-dessous) qui circule depuis 2010 sur certaines lignes du réseau Ile-de-France de la SNCF, le RER à deux niveaux MI09 progressivement introduit sur le RER A, le TER à deux niveaux Régio2N et le métro articulé MF 2000 en circulation sur le réseau RATP. "Les derniers MF 2000 seront fabriqués en décembre 2015", indique Jean Bergé.

Reste donc trois programmes pour regarnir le carnet de commandes de Bombardier France. A commencer par le Francilien : pour l’heure, la commande porte sur 172 rames en tranche ferme, plus 200 en option. "J’espère qu’il y aura des premières levées d’options en 2013 pour éviter d’interrompre la chaîne. Un schéma avec une levée d’options portant sur 100 rames dont 50 dès 2013 me conviendrait bien. Les livraisons pourront intervenir ensuite au rythme de 30 ou 40 rames par an", espère l'industriel.   


Eclaircies financières pour les régions

Pour le nouveau TER à deux niveaux, le Régio2N, dont le carnet de commandes reste bloqué à 129 unités depuis février 2010, les perspectives sont un peu plus lointaines. Les régions potentiellement intéressées - Bourgogne, Ile-de-France, Pays-de-Loire et Picardie - pourraient se prononcer courant 2014 en faveur de ce matériel très capacitaire (jusqu'à 1 300 voyageurs assis et débout), pouvant rouler à 160/200 km/h. D’autant qu’elles ont vu leur horizon s’éclaircir en matière de financements.

"Aujourd’hui, l’obstacle est partiellement levé. La Caisse des Dépôts a mis à disposition des régions des lignes de crédits de 20 milliards d’euros permettant, entre autres, de financer les transports. Elles peuvent être couplés avec des prêts de la BEI (Banque européenne d’investissements", observe Jean Bergé avec optimisme. Rhône-Alpes a par exemple reçu 200 millions de la BEI dans ce cadre-là (lire).

 

Commande cruciale

Aux commandes des régions pourraient s’ajouter celle des Trains d’équilibre du territoire (TET) promise par l'Etat pour 400 à 450 millions d'euros, dont 50 millions en rénovation de matériel existant. Le dirigeant de Bombardier Transport France estime les besoins à une centaine de rames pour desservir les lignes du grand bassin parisien, en Haute et Basse-Normandie, Picardie et Centre.

Enfin, s’agissant des rames de RER à deux niveaux MI09, l’extension du carnet de commandes pourrait porter sur 40 à 50 rames, mais à une date indéterminée...

Les enjeux de ces levées d’options sont cruciaux pour le constructeur. "Le plan de charge du site de Crespin qui emploie 2 000 personnes dont 500 à 600 ingénieurs pourrait passer de 100% à zéro entre décembre 2015 et septembre 2016", prévient Jean Bergé.   

 

Le RER NG se profile

Du côté des nouveaux programmes, Bombardier vient de recevoir un appel à candidatures pour le RER NG (Nouvelle Génération). Ce matériel à deux niveaux répond aux besoins de l’extension à l’Ouest de la ligne E du RER et au remplacement des Z2N sur la ligne D. En jeu, une commande de 71 exemplaires en tranche ferme. Suivi de 300 rames supplémentaires. Le contrat global devrait donc s’élever à plusieurs milliards d’euros, les livraisons intervenant à partir de 2018-2019.

Soucieux de placer sa NAT (Nouvelle Automotrice Transilien) en Tunisie face aux constructeurs Stadler et ROTEM (malgré un climat politique peu propoice), Bombardier s’est montré moins disert sur les conséquences des retards d’homologation de son Régio2N. De l'ordre de neuf mois avec une homologation attendue au mieux en mars-avril 2014.
Ulcérée par ces retards, la Région Aquitaine a décidé d’en suspendre les paiements, faute de recevoir les deux premières des 24 rames commandées au second semestre 2013. Ni Bombardier ni Alstom (également concerné avec son nouveau Régiolis) n'ont souhaité faire de commentaires, mettant en avant la confidentialité des contrats.

 

38 rames de tram à rénover à Grenoble

Lors du salon de l'UITP à Genève, Jean Bergé a préféré insister sur le tout récent contrat de rénovation des 38 rames de tramways TFS (tramway français standard) de Grenoble. Signé fin mai 2013, ce marché de 26 millions d’euros a été remporté en groupement avec la société clermontoise ACC, face à Arterail, CAF et Safra.

L'objectif, c'est de décrocher un contrat de rénovation lourde par an. Bombardier répond actuellement à un appel d’offres pour la modernisation de 24 tramways circulant sur la côte belge entre Ostende et La Panne. Réponse début 2014. Bombardier est ici aussi en concurrence contre Alstom et CAF.

Olivier Constant (à Genève)