Pas d'annonce officielle ni de communiqué de presse. La SNCF vient de changer sa politique d'embarquement des vélos dans les TGV dans la plus grande discrétion. Seules les associations de cyclistes sont au courant: la SNCF les a rencontrées courant mars 2013, dans le cadre de ses réunions de concertation régulières.

La nouvelle est pourtant d'importance. Après avoir refusé, pendant des années, de prendre des vélos non démontés et pliés dans les rames à deux niveaux, la SNCF annonce que les prochains matériels, livrés à partir de 2013, seront équipés d'espaces pouvant accueillir deux ou trois vélos. Comme dans les TGV à un niveau, la réservation de 10 euros sera obligatoire pour y accéder.

Pour Chrystel Raharijaona, directrice marketing des services TGV, cette décision "prise au plus haut niveau" résulte à la fois d'une analyse des besoins et des capacités du transporteur. Les besoins: il y a une demande croissante de clients souhaitant embarquer leur vélo avec eux. Ainsi, en 2012, la SNCF a transporté plus de 40 000 personnes voyageant avec leur vélo, un chiffre en progression d'environ 10%. "C'est une offre qui est mieux connue et qui rencontre son public", explique Chrystel Raharijaona.

Dans le même temps, et toujours selon la SNCF, la contrainte liée au manque de place se desserre avec la multiplication des rames à deux niveaux. "Jusqu'ici, la priorité était d'optimiser la capacité, en nombre de places assises, dit Chrystel Raharijaona. Or le fait de réserver un espace pour 4 vélos revient à supprimer six à huit sièges".

Mais il y a toujours eu d'autres possibilités pour voyager avec son vélo, ajoute la responsable. La première, c'est de démonter la roue avant de son vélo et de le plier dans une housse ad hoc: la bicyclette devient alors un bagage comme les autres, sans supplément. Seconde possibilité: utiliser le service des "bagages à domicile", qui permet la prise en charge du paquet de porte à porte moyennant 80 euros, et qui a été complètement refondu il y a trois ans. En 2012, quelque mille vélos ont ainsi pris le TGV.

A la différence de ce qui se fait actuellement dans les TGV à un niveau, les espaces vélos des rames duplex seront modulables et pourront se transformer en bagagerie. Ainsi, ces espaces seront utilisables en toute saison, alors que la majorité des voyageurs à vélo se déplacent entre juin et septembre.

Les représentants des cyclistes se réjouissent de cette décision. "C'est un revirement de la SNCF, observe Patrice Malachin, représentant de la Fédération des usagers de bicyclette (Fub). Cela veut dire que la France va rester l'un des rares réseaux européens où l'on peut embarquer son vélo sur les liaisons à grande vitesse".

Il y a quelques années, la SNCF était en effet présentée comme une championne pour l'embarquement des vélos sur les grandes lignes. Un modèle toutefois remis en cause, récemment, par la réduction du nombre de places dans les espaces vélo et par la multiplication des rames duplex.

"Ce n'est pas une augmentation de l'offre, c'est un maintien", insiste donc Erick Marchandise, représentant de la Fédération nationale des usagers de transport (Fnaut). Pour lui, fermer l'accès des TGV duplex revenait à condamner l'offre vélo sur le réseau national.

Les associations sont très attachées au maintien de ce service à un tarif raisonnable. C'est pour elles une nécessité si la France prétend développer le tourisme à vélo. Car le train a la faveur d'une clientèle importante, française et étrangère (Allemands, Suisses). 40% des cyclistes itinérants arrivent à destination en train, avec leur bicyclette personnelle.

La décision de la SNCF fait suite à un lobbying actif de la part des associations, qui ont notamment été reçues au ministère des Transports en février. Leur objectif: inscrire dans le marbre -c'est-à-dire dans la loi française et les réglements européens- cette possibilité de voyager partout avec son vélo, dans des conditions raisonnables.

Hélène Giraud