Le 21 mars 2012, les voyageurs découvraient la nouvelle gare Paris-Saint-Lazare, après près de dix ans de travaux : quais rénovés, nouveaux accès, mais surtout, la transformation de la Salle des pas perdus en un immense centre commercial sur trois étages, et 10 000 mètres carrés de commerces.
Une rénovation qui a couté la bagatelle de 250 millions d'euros. Un an après, la SNCF et sa branche Gares & Connexions chargée de l'exploitation de 3 000 gares et haltes ferroviaires, dressent un premier bilan très positif de l'opération.

D'après le "baromètre clients" de la SNCF, Saint-Lazare est désormais dans le top 3 des gares françaises les mieux notées par les voyageurs, derrière Avignon TGV et ex-aequo avec Nancy, selon Rachel Picard, nouvelle directrice de Gares & Connexions.
Rénovée, la gare a certes gagné en luminosité, la signalétique a été améliorée, et des ascenseurs et escalators permettent en théorie de relier directement la plate-forme des trains à la rue ou au réseau de transports collectif, métro et RER.
A condition de ne pas se perdre dans le dédale des couloirs souterrains, ou de sortir place du Havre au lieu de la Cour de Rome.

Saint-Lazare a par ailleurs remporté un prix spécial lors des trophée de l'accessibilité le 11 février 2013 décernés par le Conseil national du handicap et l'association Accès pour tous.


Le centre commercial le plus rentable de France

Mais le principal bouleversement tient dans les 10 000 mètres carrés de commerces commercialisées par Klépierre qui ont vu le jour dans l'ancienne Salle des pas perdus. De Starbucks Coffee, à un laboratoire d'analyses médicales, en passant par Sephora et Virgin Megastore, près de 80 enseignes ont élu domicile dans ce qui est devenu la deuxième gare européenne en terme de trafic, avec 100 millions de voyageurs annuels, derrière une autre gare parisienne, la gare du Nord.

Et les affaires vont bon train. Un an après l'ouverture de ce nouveau temple de la consommation, le chiffre d'affaires moyen au mètre carré atteint 14 500 euros, selon l'investiseur immobilier. Un chiffre qui atteint 45 000 euros par an pour certains commerces.

Ce qui fait de Saint-Lazare le centre commercial "le plus rentable de France", selon Laurent Morel, président du directoire de Klépierre qui a participé à la rénovation de Saint-Lazare à hauteur de 160 millions d'euros. Une étude commandée par le groupe montre que 55% des voyageurs y réalisent au moins un achat.
"Jusqu'à présent, Saint Pancras (la gare londonienne terminus de l'Eurostar, qui compte 50 boutiques, ndlr) était la référence internationale en matière de commerces en gare. Je pense que ce titre peut désormais revenir à Saint-Lazare", s'enthousiasme-t-il.

L'investisseur y a dégagé un chiffre d'affaires de 120 millions d'euros sur un an. Et une partie du pactole, dont le montant reste confidentiel, est reversée à Gares & Connexions sous forme de loyer. La filiale de la SNCF touche 130 millions d'euros de loyers anuels pour l'ensemble de gares françaises dotées de commerces. On comprend pourquoi la SNCF pousse ses voyageurs à la dépense.


Au tour de Montparnasse

En voulant "faire rentrer la ville dans la gare" (lire), Sophie Boissard, l'ancienne patronne de la filiale de la SNCF chargée de la gestion des gares, devenue n°2 de l'entreprise ferroviaire, avait lancé le mouvement dès 2009.

Gares & Connexions a 80 gares en ligne de mire (la plupart datent de la fin du 19e ou du début du 20e siècle), le coût de leur rénovation est estimé à quatre milliards d'euros. Avec les loyers perçus grâce aux développement du commerce, Gares & Connexions trouve une partie des financements.
Prochaine sur la liste, Paris Montparnasse où les travaux devraient s'étaler entre 2017 et 2020. Sur le même modèle économique que Saint-Lazare : un partenariat avec un acteur privé qui participe au financement de la rénovation avec un centre commercial. Idem pour les gares d'Austerlitz, gare de Lyon et gare du Nord, ainsi qu'à Bordeaux, Lille, Montpellier ou encore Grenoble.

Quant à Saint-Lazare, un dernier coup de pinceau devrait être donné avec la rénovation à partir de mai 2013 des deux parvis, qui deviendront entièrement réservés aux bus et aux modes doux (cyclistes et piétons).

Aubin Busalb