Pour Veolia Transdev c'est Leaving Las Vegas. Pour Keolis, le gain de 60% du réseau de transport collectif du "Strip", le corridor des hôtels et des casinos de la capitale américaine du jeu, est une entrée dans la cité du vice, Sin City (surnom de la métropole du Nevada).

La filiale de la SNCF déloge son concurrent français "grâce à un prix légèrement inférieur" selon nos confrères des Echos, mais devra se contenter du lot B, le A ayant été attribué au géant des transports américains, le groupe MV Transportation.
L'autorité organisatrice de Las Vegas, Regional Transportation Commission, avait décidé de diviser le contrat en deux lots, interdisant que le même opérateur puisse remporter les deux.


30 millions de passagers par an

Avec sa filiale américaine, Keolis Transit America (KTA) décroche toutefois le gros lot puisqu'il concerne le sud de la métropole américaine, le "Strip", partie la plus emblématique de Las Vegas où se situent les casinos-hôtels. Un contrat de 500 millions de dollars US (environ 378 millions d'euros) sur dix ans : cinq ans avec extension possible sur cinq autres années. Il démarre en juillet 2013.
Avec 207 bus, des classiques, des articulés, des véhicules à Impériale, 50 bus à haut niveau de service comme le Civis construit il y a une dizaine d'années par le français Irisbus (en photo), des hybrides, des bus au GNV qui transportent 30 millions de passagers par an.


Le lot A a été remporté par le concurrent américain dans des conditions financières très serrées, si bien que les conducteurs de bus demandent la négociation d'un accord sur leurs conditions de travail avec le syndicat local (ils craignent que le nouvel exploitant ne fasse des réductions de coûts à leurs dépens), mais "cela ne concerne en rien le contrat de Keolis", indique un porte-parole du groupe.

"Ce gain important concrétise la stratégie de développement du groupe Keolis aux Etats-Unis", souligne la filiale de la SNCF dans un communiqué du 24 février.




Il n'y a pas de maison France qui tienne

L'objectif du groupe à cinq ans et d'atteindre un niveau de chiffre d'affaires de 6,5 à 7 milliards d'euros afin de pouvoir rivaliser avec les trois champions des transports publics dans le monde que sont le britannique First, très présent aux Etats-Unis, le français Veolia Transdev et Arriva, filiale de la Deutsche Bahn allemande (DB).

Le groupe nourrit de grand espoirs outre-Atlantique : pour les réseaux urbains, avec sa filiale KTA, et surtout pour le ferroviaire avec son allié de poids, la SNCF. Prochain appel d'offres surveillé comme le lait sur le feu, celui des RER de Boston qui doit être renouvelé en 2013 (remise des offres en juillet). Il est aujourd'hui exploité par Veolia Transdev.

Même si le ministre des Transports Frédéric Cuvillier enjoint régulièrement les opérateurs français à jouer la carte de la "maison France" à l'international, on voit bien que les grandes entreprises françaises de transport ne sont pas prêtes à aller grouper à l'international, où elles réalisent la moitié de leur chiffre d'affaires. Pour Keolis qui table sur un chiffre d'affaires de 4,8 milliards d'euros en 2012, 47% sont ainsi réalisés à l'export.

Nathalie Arensonas