Alors que le taux de chômage s'envole en France, le secteur du transport routier de voyageurs (TRV) recrute à tour de bras... ceux qui veulent bien l'être. C'est la principale information du rapport de l'Observatoire prospectif des transports et la logistique (OPTL) présenté le 29 janvier 2013 devant la presse, et qui porte sur l'année 2011.

Le secteur avait alors créé 1 980 emplois, pour atteindre près de 90 000 salariés, soit une hausse des embauches de 2,7% par rapport à 2010. Ce phénomène s'explique par l'augmentation du nombre de voyageurs qui ont emprunté les autocars interurbains en 2011, et particulièrement les écoliers dans les cars scolaires (+70% de fréquentation entre 1990 et 2011 selon le rapport de l'OPTL).

Cette embellie sur le front de l'emploi ne doit toutefois pas cacher la part très importante des contrats à temps partiel dans le TRV puisque 40% des conducteurs y sont soumis. Cette situation particulière est liée aux contraintes imposées par le transport scolaire (deux heures le matin, deux heures le soir). Or, les ramassages scolaires représentent l'activité de loin la plus importante, avec un peu plus de 10 milliards de voyageurs-kilomètres.

Si le nombre de femmes augmente plus vite que le nombre d'hommes parmi les salariés du secteur, elles sont encore peu nombreuses et ne représentent que 28% des effectifs. Mais près de la moitié d'entre-elles travaille à temps partiel, principalement au volant des cars scolaires.


Cinq fois plus de quinquas

Par ailleurs, l'OPTL constate un vieillissement des salariés du secteur : dans les entreprises autocaristes, les plus de 50 ans sont cinq fois plus nombreux que les moins de 30 ans. La conduite d'autocar ne suscite pas assez de vocations chez les jeunes et la pyramide des âges vieillit.

Selon l'enquête de l'Observatoire, plus de la moitié des employeurs exprime des difficultés à recruter. Pour Maxime Dumont, secrétaire général de la CFDT Transport et vice-président de l'OPTL, il n'y a pas de doute : "Avec 1 400 euros de salaire mensuel en moyenne, et la moitié si le conducteur est à temps partiel, c'est difficile d'attirer des vocations !"
D'autant que pour avoir le droit de conduire un autocar, il faut avoir son permis de transport en commun certes, mais avoir 21 ans et même 23 ans pour être au volant d'un véhicule scolaire (sauf si le circuit fait moins de 50 km par jour). "A cet âge, un jeune s'est généralement déjà tourné vers d'autres secteurs pour trouver un travail", commente Maxime Dumont.

Le risque de tension sur les recrutements dans le transport collectif routier est donc réel, avec de nombreux départs à la retraite à prévoir dans les prochaines années. Cette pénurie est une véritable épée Damoclès pour les autocaristes.
Il y aurait même "péril en la demeure", selon Maxime Dumont pour qui la profession doit impérativement améliorer son attractivité. Ou bien se tourner vers des actifs qui cherchent une reconversion, comme les militaires en fin de carrière qui sont nombreux à posséder le permis D de transport en commun. D'ailleurs, 450 d'entre eux ont déjà rejoint les rangs en 2011

-> lire : "L'armée cherche à recycler ses militaires derrière le volant des autocars"


Aubin Busalb


(1) Rapport issu d'une enquête effectuée auprès de 2 990 établissements de transport routier de voyageurs, représentant 76 544 employés. Le rapport complet porte sur l'ensemble du secteur (marchandises, logistique et voyageurs).