Son credo ? "Il est temps de réorienter les financements publics vers la région la plus saturée et au profit de ceux dont le temps de transport est le plus long, c’est à dire l’Ile-de-France et ses habitants.
Est-il nécessaire de dépenser autant pour ceux qui prennent le TGV une fois par an ?" interroge le député PS de Seine-et-Marne. Et de souligner cette réalité arithmétique : "Trois millions de personnes utilisent chaque jour les trains de banlieue et les RER, chaque ligne en transporte davantage que l’ensemble de tous les TGV en un jour". 


Traité de "Parisien"

Bref une approche quasi révolutionnaire quand la plupart des grands élus continue de ne jurer que par la grande vitesse. Elle lui a valu de se faire traiter de "Parisien" dans l’hémicycle par des collègues peu jacobins. Cette approche marque assurément une rupture par rapport aux ainés comme Philippe Duron, chargé en octobre 2012 par le gouvernement de revoir la liste du Schéma national des infrastructures de transport (Snit). D’ailleurs, Olivier Faure regrette de ne pas faire partie de la commission Duron pour faire le ménage dans les projets.

Habitant et élu de la grande couronne, il prend les transports publics et expérimente donc les problèmes quotidiens sur les RER D et C. Ce qui l'a conduit à s’intéresser au secteur qui le frappe par "la simplicité des enjeux, la complexité des moyens à mettre en œuvre ajouté à la question du coût rapporté aux moyens dont on dispose".
Mais il dit vouloir inscrire sa réflexion dans un contexte plus large et plus sociétal que ne le font les élus qui ont oublié de prendre le train.

C'est Zola

"Quand certains passent quatre heures par jour dans les transports, on n’est pas loin de l’esclavage moderne ou de Zola. Comment peut-on exiger que les gens élèvent leurs enfants et aient une vie citoyenne ?, s’étonne ce père de trois enfants. Le coût social est gigantesque. Personne ne veut de cette vie là, poursuit-il. Retards et dysfonctionnements nourrissent le sentiment que les services publics ont abandonné une frange de la population. Cela fait le lit du Front National".

Olivier Faure a déjà un CV suffisamment rempli pour influer : n’a-t-il pas été de 2000 à 2007 directeur de cabinet adjoint de François Hollande, premier secrétaire du PS, puis secrétaire général du groupe socialiste à l’assemblée, présidé par un certain Jean-Marc Ayrault ?
D’ailleurs, avec Patrick Vieu à l’Elysée ou Xavier Piechazcyk à Matignon, il n’est sans doute pas étranger à la priorité donnée par l'actuel gouvernement à l’amélioration des transports existants.


Dans le RER avec Jean-Marc Ayrault


Pendant la campagne des législatives 2012, il a entraîné Jean-Marc Ayrault dans le RER, ce dernier y a croisé beaucoup de gens qui lui ont raconté leur galère quotidienne. "En une demi-heure, j’ai compris ce que tu m’expliques depuis des années", lui a aurait alors lancé le futur hôte de Matignon.

Mais quelles solutions vraiment nouvelles le député Faure insuffle-t-il ? A l’automne 2013, il a porté un amendement qui permettra d’augmenter le plafond du versement transport (VT), ce qui devrait rapporter 175 millions d'euros à l'autorité organisatrice des transports, le Stif.

Mais il a échoué à faire adopter un VT interstitiel pour les TER (possibilité pour les collectivités locales en charge des transports de lever cet impôt assis sur la masse salariale et qui serait prélévés sur les entreprises implantées en dehors des périmètres de transport urbain mais dont les salariés bénéficient des infrastructures de transport pour se rendre sur leur lieu de travail). Échec également d'une hausse des contributions des sociétés d’autoroute.

En somme, des recettes classiques de gauche mais auxquelles le gouvernement entend ne pas abuser au nom du pacte de compétitivité avec les entreprises.


Voie réservée aux bus et au covoitureurs sur la Francilienne

En fait, le député ne manque pas d’idées : il prône par exemple l’aménagement sur la Francilienne (la N104) d'une voie réservée aux bus ou au covoiturage, la désignation sur chaque ligne de banlieue d’un seul chef de file pour piloter les investissements : soit le Syndicat des transports d'Ile-de-France, soit la région, soit Réseau ferré de France, soit la SNCF, soit l'Etat.
Ou bien encore la mise en place d’une d’une interconnexion sud pour éviter à tous les passagers des TGV de passer par Paris avec la création d’une rocade ferroviaire entre Orly, Moissy, Massy, et Lieusaint, à l’est de Paris.

Car le nouveau député en est convaincu : "Dire aux Franciliens que tout ira mieux un jour avec le Grand Paris Express (projet de métro automatique autour de la capitale dont le coût de réalisation atteint 30 milliards d'euros et doit faire l'objet d'arbitrages financiers) est intenable. Il faut agir vite, car on est au bord de l’explosion". On attend la suite.

Marc Fressoz

(1) Olivier Faure est précisément en charge des Infrastructures de transports collectifs et ferroviaires et des Services nationaux de transport conventionnés de voyageurs à la Commission des finances de l'Assemblée nationale.