"Trois mètres autour du panneau d'horaires, ils ne voient plus rien !", constatait Rachel Picard, la nouvelle directrice générale de Gares & Connexions, lors d'une conférence sur les infrastructures de transports, fin novembre 2012.

S'ils étaient moins stressés par l'heure de départ de leur train (ou par son retard), ils auraient le temps de consommer puisque selon la patronne des gares, les deux-tiers des voyageurs arrivent vingt minutes avant le départ. L'idée est d'"enrichir" ce temps d'attente. Et au passage pour la SNCF, de s'enrichir en faisant dépenser de l'argent aux voyageurs et à leurs accompagnants.

Selon des chiffres avancés par Rachel Picard en novembre, le panier moyen en gare ne dépasserait pas deux euros en moyenne, contre 16 euros dans les Aéroports de Paris (ADP). Il grimpe à 11 euros dans les grandes gares, sans doute boosté par les résultats impressionnants du nouveau temple de la consommation qu'est devenue la gare Saint-Lazare, entièrement rénovée en 2012. Même la Ségécé qui commercialise les 10 000 m2 d'espaces de Paris-Saint-Lazare est épatée par leur rendement record : 44 000 euros par mètre carré !


Starbucks juste sous les panneaux horaires

Alors pour pousser à la dépense en destressant ceux qui ont peur de louper leur train, SSP qui a signé fin 2012 un nouveau contrat avec Gares & Connexions pour rénover et implanter de nouvelles enseignes gare de Lyon (10 millions d'euros de travaux), a imaginé des "kiosques" postés juste sous les panneaux d'affichage des horaires (photo). Les voyageurs en partance peuvent prendre une collation sur le pouce tout en gardant un œil sur les horaires de train.
Les trois premiers kiosques, des Starbuck Coffee où on ne s'asseoit pas, font le plein selon le spécialiste de la restauration de concession. SSP et Elior - l'autre leader du secteur - sont priés de transformer les commerces de la gare de Lyon en machines à sous. Parmi les nouvelles enseignes, citons Brioche Dorée et Mezzo di Pasta (pâtes en restauration rapide) qui fait son entrée en gare; suivront Fauchon, Red Hipo et un espace Gulli pour les parents avec enfants et un espace affaires.


140 millions d'euros de redevances
commerciales

A la tête de 3 000 gares et 1800 haltes ferroviaires, Gares & Connexions doit gérer 180 000 m2 de commerces dont elle tire 140 millions d'euros de redevances annuelles (1), en progression de 6% en 2011. Si elle veut sortir du jambon-beurre et du café-croissant-journal, il lui faut être inventif.
Visionnaire, l'ancienne patronne des gares Sophie Boissard (devenue n°2 de la SNCF) avait lancé l'idée de "faire entrer la ville dans la gare" : des crèches pour que les parents puissent déposer leur bébé avant d'aller travailler en train (la première a ouvert gare du Nord en 2012), des laboratoires médicaux pour faire ses examens avant de prendre le train et récupérer les résultats au retour.
Aujourd'hui à la manœuvre, Rachel Picard prend le relais et veur développer les shoppings walls (testés dans des petites gares), les "convenience stores" ou boutiques du quotidien, et les centres d'affaires.

La transformation des commerces de la gare de Lyon et l'arrivée de nouvelles enseignes sont l'emblème de tous ces nouveaux services que la directrice de cette branche de la SNCF entend développer pour récolter encore plus de redevances des commerces et services en gares.

Nathalie Arensonas

(1) Les redevances d'accès payées par les opérateurs ferroviaires à Gares & Connexions ont représenté un peu plus d'un milliard d'euros en 2011.