Sans marinière mais un drapeau tricolore entre les dents, Arnaud Montebourg a présidé la première réunion du Comité Stratégique de la filière Ferroviaire, délocalisée dans le Valenciennois le 11 janvier 2013. La région regroupe près de 60% des industriels français du ferroviaire : les deux grands constructeurs mondiaux Alstom et Bombardier, et près de 80 sous-traitants, soit plus de 5 000 salariés.

Pour le ministre du Redressement productif venu avec deux autres ministres, Frédéric Cuvillier aux Transports, et Nicole Bricq au Commerce extérieur, il s'agissait d'exposer son discours de la méthode : de substantielles commandes publiques contre un effort d'innovation des industriels de la filière, et du "patriotisme" de la part des donneurs d'ordre vis-à-vis des sous-traitants français.


5 à 6 milliards de commandes potentielles

C'est dans cet esprit qu'Arnaud Montebourg et Frédéric Cuvillier ont annoncé plusieurs mesures devant l'ensemble des acteurs du rail français - Guillaume Pepy pour la SNCF, Jacques Rapoport nouvellement aux commmandes de Réseau ferré de France, Pierre Mongin président de la RATP, Louis Nègre président de la Fédération des industries ferroviaires, Henri Poupart-Lafarge, président d'Alstom transport, et le président de Bombardier transport Jean Bergé.


Quelles sont ces mesures ?  :

  • une enveloppe de 400 à 450 millions d'euros pour une première phase de renouvellement des trains d'équilibre du territoire ;
  • le lancement du troisième appel à projets transport en site propre de province doté de 450 millions d'euros et dont une partie servira à financer des lignes de tramway ;
  • le ministère de l'Economie étudie des solutions de portage financier via des fonds d'épargne de la Caisse des dépôts par exemple, pour faciliter le financement par les régions de l'acquisition et du renouvellement du matériel roulant des TER.
  • déblocage d'une enveloppe de 40 millions d'euros, destinée à aider les PME du secteur dans leurs efforts d'innovation.

Au total, le dispositif devrait générer cinq à six milliards de commandes potentielles pour les dix prochaines années, et donner à cette industrie lourde plus de visibilité à moyen et long terme.


Patriotisme économique

"En contrepartie de l'effort que l'Etat accompli en faveur de la filière par la commande publique, nous demandons à l'industrie ferroviaire française et notamment à Alstom, de préparer le TGV du futur", a indiqué Arnaud Montebourg. Pour le ministre du Redressement productif, "ce programme du TGV du futur qui doit aboutir à horizon 2018, est aussi important pour l'industrie française que le programme du véhicule consommant deux litres aux cent kilomètres".


Et surtout, il a lancé un vibrant appel au patriotisme économique : "C'est une attitude de patriotisme que l'Etat attend des directions d'achat, des donneurs d'ordres, vis-à-vis de leurs sous-traitants français. Je le demande aux entreprises publiques, je le demande à la puissance publique, que ce soit les collectivités locales ou les établissements publics. Je le demande tous les jours aux Français. Donc a fortiori à ceux qui passent des commandes".


15 000 emplois grâce à l'export

C'est Pierre Pelouzet, médiateur des relations inter-entreprises, qui devra "veiller à bien réguler ces relations entre les donneurs d'ordre et les sous-traitants" et faire en sorte "que le patriotisme économique entre jusque dans les profondeurs de la filière ferroviaire française comme dans toutes les autres filières", a poursuivi Arnaud Montebourg.

Pour Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur "les objectifs ambitieux que s'est fixée la filière à l'exportation avec Fer de France (nouveau "club" né des Assises du ferroviaire chargé de promouvoir la filière du rail en France et à l'export, ndlr), permettra, si elle les atteint, de créer au moins 15 000 emplois en France.

Louis Nègre, président de la Fédération de l'Industrie Ferroviaire (FIF) s'est déclaré satisfait de ces annonces et a indiqué que "l'industrie relèvera ce défi ; nous ferons en sorte que l'industrie ferroviaire soit au rendez-vous non seulement du TGV mais aussi des trains du quotidien", a-t-il assuré.
En attendant, le prix des billets de trains va augmenter dès le 24 janvier.


Robert Viennet