En 2011, près de 2,5 milliards de voyages* ont été réalisés dans les réseaux de transport urbain de province selon les derniers chiffres clés de l'Union des transports publics (UTP, 142 réseaux adhérents).
Un trafic en hausse de 5,3% par rapport à 2010 qui l'avait vu progresser faiblement (+1,8%). "Contrairement aux années précédentes, cette embellie profite à toutes les agglomérations, quelle que soit leur taille :

  • +5,4% dans les agglomérations de plus de 250 000 habitants
  • +5,2% dans celles de 100 000 à 250 000 habitants
  • +5,5% dans les plus petites.
Ce rythme de croissance inédit jusque là pour les deux dernières catégories tient à deux explications : la flambée du prix du carburant et l’augmentation de l'offre de transport (+3,7% de production kilométrique). "La montée en puissance de l’offre se révèle peu à peu payante", relève Stéphanie Lopes d’Azevedo, chargée de mission au département Clientèles, exploitation et recherche de l'UTP.
Ce sont les petits réseaux qui ont le plus "boosté" leur offre (+4,9%), contre +3,7% dans les réseaux des villes de taille moyenne et +3,5% dans les plus grandes. Les agglomérations de moins de 100 000 habitants ont donc rattrapé leur retard pour offrir une alternative crédible à la voiture : en élargissant les amplitudes horaires des transports publics, en augmentant les fréquences et en lissant l’offre de transport sur l’ensemble de l’année.

 

Dépenses en hausse et recettes à la traîne

Revers de la médaille, elles ont payé "cash" leurs efforts pour favoriser l'usage des transports collectifs : les dépenses de fonctionnement des petits et moyens réseaux se sont envolées en moyenne de 7,6%. "Augmenter l’offre implique de mobiliser plus de matériel, de personnel et de carburant", rappelle Stéphanie Lopes d’Azevedo,
Des efforts de productivité ont toutefois été réalisés par les opérateurs : les recrutements (+2,3%) sont restés inférieurs à l’augmentation de la production (+3,7%).

En revanche, cette dérive des coûts n’a pas été compensée par la hausse des recettes commerciales. Même s'il a progressé de +4,9%, le produit des ventes de billets et d'abonnements n’a pas été proportionnel à la hausse du trafic et encore moins à celle des dépenses. Conséquence : le taux de couverture (R/D : ratio entre les recettes commerciales et les dépenses de fonctionnement) s’établit en moyenne nationale à 33,8%. Un point en moins par rapport à 2010.


Les petites villes plus touchées


Les grandes agglomérations s'en tirent plutôt mieux avec un R/D de 37,8%, celui des villes moyennes se situe à 25,7% tandis que celui des petites villes s’effondre à 22,7%, en baisse de 3%.
"Les grandes agglomération ont réussi à limiter l’érosion de ce ratio à - 0,4% car elles ont augmenté leurs tarifs : leurs recettes augmentent au même rythme que le nombre de voyages. Ce résultat est aussi lié au fait qu’elle ont relativement moins augmenté leur production : +3,4%, contre +4,9% dans les petits réseaux", explique-t-on à l'UTP.
La recette par voyage s’est à nouveau repliée (-2,2%) dans les agglomérations de taille moyenne à 46 centimes d’euro et dans  dans les petites villes à 41 centimes (-1,1%).
Dans les grands réseaux, la recette par voyage a progressé symboliquement de +0,1% pour se situer à 52 centimes. Cet indicateur est le reflet des politiques sociales et des stratégies commerciales. La population se précarisant du fait de la crise économique, le nombre de bénéficiaires de tarifs réduits augmente naturellement et tire vers le bas le prix moyen des abonnements. Sans compter les stratégies commerciales visant à ne pas augmenter les tarifs au rythme de l’inflation.

L’étude Une décennie de tarification (UTP et Groupement des autorités responsables de transport) de juin 2012 démontre que les tarifs ont en moyenne baissé en euros constants depuis 2000 : -4% pour le ticket unitaire, -7,2% pour l'abonnement mensuel, -18,1% pour l'abonnement annuel. Seul le prix du ticket unitaire issu du carnet a été revalorisé (+0,3%).

 

Ralentissement en 2012, diminution de l'offre de transport

Pour 2012, les résultats sont en demi teinte. C’est ce qui ressort de l’analyse des trois principaux indicateurs étudiés sur les six premiers mois de l’année : la production a progressé de +2,4%, le trafic de +3,6% et les recettes de 3,1%. 
"Des progressions deux fois moins importantes qu'en 2011, constate Stéphanie Lopes d’Azevedo. En cause, la crise économique et le chômage qui ont un impact sur la mobilité".

Le tassement de la production reflète les difficultés des collectivités locales à financer le transport. Autre élément conjoncturel qui a affecté les recettes, le passage du taux de de la TVA sur les transports à 7% (au lieu de 5,5%). "Le choix a été fait de ne pas répercuter cette hausse sur les tarifs, mais 1,5% des revenus commerciaux sont alors sortis du budget de financement de l’exploitation", souligne Stéphanie Lopes d’Azevedo. Ce qui fait moins d'argent public pour maintenir un niveau d’offre élevé. "Les temps sont à la prudence : les autorités organisatrice de transport ignorent comment vont se comporter les recettes commerciales et le versement transport. Par conséquent, elles investissent moins", constate l'UTP.

Christine Cabiron


* voyage : trajet effectué par un voyageur sur une ligne de transport public, sans correspondance. Un voyageur effectuant un trajet avec changement est donc comptabilisé deux fois.